Marcel Ihler
(1880 - 1975)

Marcel Ihler ne vécut pas à Thann. Il naquit le 12 août 1880, à Besançon, où ses parents, frères et soeur s’étaient définitivement installés. Comme son frère Charles, il suivit les cours prestigieux de Saint-Cyr, où il entra au moment où celui-ci en sortait, en 1899. Il terminait ses études deux années plus tard, en 1901.
Il débuta sa carrière militaire au 24ème bataillon de chasseurs à pied, puis suivit les cours de l’École supérieure de guerre en 1909-1911. Nul doute que la mort de son frère, en 1907, acheva de le convaincre de vouer sa vie à l’armée, si ce n’était déjà fait.
Mais la vie militaire n’est pas tout, et il épousa, le 22 mai 1912, Geneviève Marœlle Bourdon, qui lui donnera cinq enfants.
Il passa ensuite capitaine au 4ème bataillon de chasseurs à pied en septembre 1913. A cette époque, les tensions internationales étaient à leur paroxysme, et en tant que militaire, il devait certainement se douter qu’un conflit allait éclater tôt ou tard.
Celui-ci ne tarda pas, et Marcel s’engageat en Lorraine dès le début de la première guerre mondiale.
Il se distingua lors des combats et fut blessé à la bataille de Morhange, dès le 20 août, puis en Belgique le ll novembre 1914.
Détaché à la direction de l’infanterie en février 1915, il fut nommé chef de bataillon en juillet 1917, puis chef d’état-major de la 62ème division d’infanterie le 11 septembre de la même année, et conserva œt emploi jusqu’à la fin de la guerre.

Après la guerre, il conserva ses fonctions de militaire. Il fut d’abord envoyé en mission en Tchécoslovaquie à partir de février 1919, puis affecté à 1’état-major particulier du maréchal Franchet d’Esperey le 23 septembre 1920. Ce dernier était Maréchal de France, il était Saint-Cyrien, et après avoir été membre de l’état-major de l’armée, directement sous le ministre de la Guerre, Freycinet (1886), combattit en Chine, au Maroc, et était à la tête de la Vème armée pendant la guerre de 14-18, puis des armées alliées d’Orient à la fin de la même guerre.

Marcel fut ensuite employé au 158ème R.l. (septembre 1925) et passa lieutenant colonel le 25 décembre (un joli cadeau de Noël) de cette méme année. Parmi ses fonctions, il occupait entre autres celle de membre de la commission d’organisation des régions fortifiées de Strasbourg (novembre 1927). Il retrouva l’état-major du maréchal Franchet d’Esperey le 15 juin 1929, auquel il fut de nouveau attaché.

Marcel Ihler fut nommé colonel le 25 mars 1931, avant de devenir stagiaire au Centre des hautes études militaires de juillet 1931 à juillet 1932. Il approcha enfin les plus hauts grades qu’un militaire puisse rêver, et devint général de brigade le 11 juin 1935.
Il commanda le 31ème D.I. à Montpellier le 22 mars 1938, et fut finalement promu général de division le 22 décembre 1938, tout en conservant son commandement.

Peu après, la guerre éclata. Marcel fut mis à la tête du IXème corps d’armée, nous étions alors le 21 mai 1940. La drôle de Guerre se terminait, et l’Allemagne lança sa première offensive. Le généralissime Weygand avait constitué un front allant de la Somme à l’Aisne, afin de contenir l’avance allemande, notamment durant l’évacuation des troupes franco-britanniques à Dunkerque. Mais le front céda, les populations entamèrent leur exode pendant que les allemands arrivaient de partout, et le gouvernement s’exila à Bordeaux.

Marcel Ihler quant à lui réussit à réunir à l’ouest de la Bresle la plus grande partie de son corps d’armée, et ce malgré la menace des engins blindés ennemis. Malheureusement, comme tous les autres, il ne sortit pas vainqueur des combats, et fut fait prisonnier le 12 juin 1940.
Voici, en résumé, ce qui se passa en ces jours décisifs :

• 6 juin 1940 :

Malgré une résistance acharnée, Rommel traverse les lignes situées à l’ouest d’Amiens, et avance de 32 km.

• 8 juin 1940 :

Après être arrivé la veille à Forges-les-Eaux, près de Rouen, Rommel avance encore de 72 km et arrive à la Seine. Pendant ce temps, l’aile gauche du front allemand, la 9ème armée allemande, avait progressé dans les bois du tristement célèbre Chemin des Dames, pendant que l’aile droite, le 15ème corps de Panzer avec traversé le 10ème corps français.
L’arrivée massive des allemands ne pouvait que faire la différence. Le général Besson ordonna au général Frere de récupérer la 7ème armée pour créer une ligne de cohésion avec la 6ème et la 10ème armée, malgré une perte de territoire et d’armes. Pendant ce temps, Rommel était revenu à Fécamp.
Citons maintenant, grâce à M. Rémond, quelques lignes de l’historien Benoist-Méchin, à commencer du 8 juin :

«L’avance du corps blindé de Roth se poursuit à une cadence accélérée... De ce fait la coupure en deux tronçons de la Xème Armée (Altmayer) devient définitive. Le tronçon ouest (comprenant le 9ème corps d’armée commandé par le général Ihler et la 51ème division britannique sous les ordres du général Fortune) reflue vers le sud à la recherche d’un point de rembarquement. Ces forces, lentement refoulées vers la mer, lutteront encore pendant quelque jours. »

• 9 juin 1940 :

« le tronçon ouest de la Xème Armée se replie ausi rapidement que possible vers Dieppe et Saint Valéry en Caux. Rommel reçoit l'ordre de percer vers la côte afin de lui couper la route du Havre et de l'encercler.»

• 11 juin 1940 :

« Le tronçon ouest de la Xème Armée dont la retraite vers le sud a été coupée durant la journée du 10 par la poussée rapide des blindés de Rommel se trouve acculée à la mer. I1 y a là sous le commandement du géneral Ihler, commandant le IXème corps d’Armée, des éléments de la 51ème division britannique (Fortune), les 31ème et 41eme divisions d’infanterie alpine, des restes des IIeme et Vème divisions légères de cavalerie, des chaseurs alpins du 13ème BCA.
Sur les quelques 70.000 hommes encerclés, seuls une vingtaine de mille réussi-
ront à se dégager. »

• 12 Juin 1940 :

« Adossées à la Manche les troupes du général Ihler se sont battues toute la nuit sous le feu des canons allemands postés sur les falaises qui entourent Saint Valéry en Caux...
Vers midi Saint Valéry est en flamme. Les blindés allemands pénètrent dans la ville... Le généra1 Ihler est fait prisonnier. I1 demande à parler au commandant allemand et se déclare prêt à accepter la capitulation de ses troupes, vu qu'elles ont épuisé toutes leurs munitions. »

46.000 français et anglais se rendirent, et les troupes furent constituées prisonnières. Deux jours plus tard, le 14 juin, les troupes d’Hitler, victorieuses, entrent dans Paris...

Un article paru dans Paris Match en 1990 fait état d'une discussion assez violente entre les généraux Ihler et Fortune, le second accusant le premier de ne pas vouloir résister à outrance.
Je (NDA : J.-M. Rémond) citerai seulement et sans commentaires ce qu'écrit Rommel dans son livre « La Guerre sans Haine » tome I, page 108 : « Nous fûmes particulièrement surpris du flegme avec lequel les officiers britanniques acceptaient leur sort. Le général Fortune et les officiers de son Etat-Major marchaient de long en large en riant devant la maison où ils avaient été rassemblés sur la place du Marché ».

Marcel Ihler fut emprisonné en Allemagne et, en tant que militaire, placé dans la section de réserve (10 août 1940). Il reçut rang et appellation de général de corps d’armée à compter du 20 août et après cinq longues années en Allemagne, fut rapatrié le 12 mai 1945.
La carrière de Marcel Ihler lui valut d’être grand officier de la Légion d’honneur. Âgé de 65 ans au sortir de la guerre, après deux conflits mondiaux et de brillants états de service, il prit sa retraite aux côtés de sa femme, à Paris où il habitait. Marcelle meurt en 1963, et lui décède en 1975 à Paris, le 14 avril, à l’âge vénérable de 95 ans.

*** Les généraux IHLER *** Les brasseurs *** Le professeur
Charles Amberger
*** D'autres IHLER (mes ancêtres) ***