Louis-Thiébaut Ihler
(1756 - 1793)

Celui-ci vint au monde à Thann, le 16 mai 1756. Il débuta sa carrière militaire en entrant au service du régiment Royal-Bavière (devenu plus tard Royal-Hesse-Darmstadt) en février 1774, en tant que sous-lieutenant.
Le temps de « faire ses classes », surveillé de loin par son frère et son père, Louis-Thiébaut passa lieutenant en second en 1777, puis premier lieutenant en 1779, capitaine en second en novembre 1782, et enfin aide de camp du maréchal Luckner, le 1er avril 1791. Son avancement rapide est surtout dû aux faveurs de Luckner, conjugué à l’émigration des nobles.
Nommé colonel du 8’ régiment de dragons en juin 1792, il ne rejoignit pas son unité, Luckner ayant désiré de le garder comme aide de camp. Mais ce dernier perdit à ce moment là toute crédibilité aux yeux du pouvoir, et sa disgrâce entraîna en partie celle de Louis Thiébaut.

Sans emploi, il ne fut heureusement pas inquiété, et resta en disponibilité à Paris de novembre 1792 à janvier 1793. Il vécut de près l’effervescence qui précéda l’exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793, et sans doute fut il ravi de retourner se battre, nommé à l’Armée du Rhin le 26 janvier.

Louis Thiébaut fut ensuite nommé général de brigade provisoire par Custine le 6 avril 1793 et placé au camp de Lauterbourg.

Mais il ne fut pas inclus dans l’organisation des états-majors du 15 mai 1793, alors que la guerre battait son plein et que Robespierre et les siens reprenaient peu à peu les choses en main.

Officiellement, il devait cesser ses fonctions le 1er juin, mais n’en resta pas moins à l’Armée du Rhin

C’est par un acte héroïque qui lui couta la vie, qu’il doit à la postérité de conserver son nom. Alors commandant le 2ème régiment de Dragons, il se bat en août 1793 pour essayer de reprendre des canons qu’avait enlevés l’ennemi à l’attaque des lignes de Wissembourg, à Jockrim dans le Palatinat. Indigné par le recul de ses troupes face aux Autrichiens de Wurmser, blessé à deux reprises, il se lance pourtant à l’assaut des Hessois à la tête de ses Dragons. Il est finalement frappé à mort d’un coup de sabre, et tombe de son cheval. Avant de mourir, il encourage ses cavaliers à ne pas se replier en criant « Vive la république », et en demandant à ses soldats de lui retirer ses insignes, pour que l’ennemi ne s’aperçoive pas que leur général est mort...

Pour reprendre en main les hommes, le Comité de Salut Public nommera à la tête de l’Armée du Rhin Pichegru, et à celle de la Moselle Hoche. Ceux-ci repousseront les Austro-Prussiens, et Wissembourg sera définitivement dégagé le 26 décembre.

Les guerres en Europe ne faisaient que commencer. La Révolution eût raison des membres de la Terreur, mais un jeune général ambitieux commençait à faire parler de lui.
Il s’appelait Napoléon Bonaparte. Sa soif de batailles le conduirait à mettre l’Europe à feu et à sang.
Les combats ne devaient cesser que 22 années plus tard...

Lettre du Comte Nicolas LUCKNER, alors âgé de 70 ans, Maréchal de France, commandant l’Armée du Nord, datée du 27 septembre 1792 et adressée à la Convention pour se défendre face aux accusations de trahison portées contre lui :

« Messieurs, appelé à Paris par le conseil exécutif provisoire, pour examiner avec lui les opérations de cette campagne, je m'y suis rendu aussitôt, où j'ai vu Messieurs les ministres. Je m'empressai cependant de comparaître à la Convention nationale, assemblée en qui réside toute puissance et le véritable pouvoir.
Je ne viens pas, Messieurs, pour vous faire des compliments sur vos lois. Vous avez érigé le royaume en république; fort bien, j'obéirai à la nation; mais s'il est du devoir du soldat de veiller à son poste, son poste ne doit-il pas être stable et désigné, sont poste ne doit-il pas être honorable ?
Je ne veux pas vous le taire, Messieurs, la calomnie s'élève sur ma tête, et peu à peu m'environne. J'ai dit, il y a longtemps, que je n'avais pas l'usage de la langue française; mais j'ai le coeur français. Je ne connais pas l'art de bien parler; mais je sais me battre, quoi qu'il en soit.
L'on parle contre quelques expressions de mes lettres; mais on sait que je ne les fais pas, et on oublie que je n'ai jamais abandonné et que je n'ai pas souffert que personne abandonnât le poste que la patrie m'a confié.

On oublie ma conduite à Courtrai, mes débats avec un mauvais ministre et avec Lafayette, vis-à-vis duquel j'étais dans une telle position que j'ai toujours craint qu'il ne me mît pas dans le plus cruel embarras.
On ne parle pas de ma conduite relative à l’événement du 10 août, et de ma constance à faire taire toute opposition, en attendant l'arrivée des commissaires de l'Assemblée nationale, qui, j'ose le dire, n'ont rien fait autre chose que d'accélérer mon ouvrage.

On tait mes voyages continuels et ma constante vigilance; mais on parle contre moi de l'événement du 10 août. J'ai, dit-on, fait faire des logements pour marcher vers Paris; et ce soupçon fut suffisant pour me destituer. Messieurs les commissaires de l'Assemblée nationale arrivent, le jour luit, et je me suis vu généralissime; mais est-ce pour commander, pour diriger les armées vers le point du milieu de l'action ? Non, c'est pour aider les généraux de mes conseils.

On m'avait jeté dans Châlons, j'ai obéi; mais tantôt ce sont les volontaires que je renvoyais qui s'élèvent contre moi, comme si j'avais fait autre chose que ce que font tous les généraux, qui est de renvoyer les militaires pour les former, et de les éloigner de l'ennemi jusqu'à ce qu'ils soient formés; tantôt on assure que je n'avais pas la confiance des soldats, comme si en criant contre moi auprès des nouveaux venus, on pouvait m'enlever l'amour de ceux qui m'ont vu avec eux au feu. On dit que j'ai un fils au service de l'empereur, tandis que mes deux fils sont au service du Danemark.

Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'ils n'ont jamais donné occasion de plainte à la France. En général, un mal suit l'autre; on perd la bonne opinion qu'on a de moi, on m'appelle à Paris et l'ennemi prend les frontières. Je remercie le ministère de ce qu'il ne s'est pas appesanti sur les soupçons que mes lettres pouvaient lui donner. C'est une marque de son patriotisme; car il est temps, j'en conviens, que tous les hommes douteux soient éloignés; mais il est temps aussi que la confiance renaisse envers ceux qui se prononcent de manière à ne plus pouvoir être rangés parmi les douteux. (...)

Luckner sera arrêté à Metz fin 1793, condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire et exécuté en 1794.

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