Le professeur Charles Amberger (1812-1885)
- régent de mathématiques, principal du collège de Thann -
Sur le berceau de Joseph Antoine «Charles» Amberger, ce jour du 21 septembre 1812, dans la ville d'Altkirch, cest du beau monde qui se penche. Son père François Joseph est notaire impérial et adjoint au maire depuis l'an VIII. C'est certainement une grande satisfaction pour lui davoir ce premier fils qui transmettra son nom, car sa première épouse est décédée sans avoir transmis la vie : un fils à 53 ans, rien nétait perdu !
Son épouse, Marie-Anne Nansé, n'est âgée que de 18 ans, et le mariage s'est bien sûr effectué sans son accord. Néanmoins, malgré leur écart d'âge, le couple vivra toujours heureux. Sont également présents le baron Joseph Antoine Charles de Reinach Hirtzbach, et Antoine Winckler, figures locales d'Altkirch.
Cest donc dans un milieu socialement favorisé, lélite bourgeoise du village, que grandit le petit Charles, ainsi que sa sur aînée et ses frères et surs cadets. Son éducation fût certainement basée sur des préceptes stricts, on lui inculquât probablement de bonnes valeurs, et on lui apprît tout jeune quel était son rang dans la société. Sans doute les conseils et enseignements dun père âgé, qui avait réussi malgré des temps difficiles, peut-être rigides, furent-ils quelque peu atténués par la jeunesse et la prodigalité de sa mère.
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François-Joseph Amberger
(1759-1838), père de Charles. |
Le jeune Charles fréquenta le collège de sa ville natale et se fit remarquer par ses succés de la Septième à la Seconde inclusivement (Grâce à l'obligeance de M. Maurice Higelin, nous pouvons indiquer ici ces succès : Septième, Prix d'excellence, 1er prix de Version, 1er prix de Mémoire; Sixième, 2ème prix de Version, 2ème accessit de Calcul, 1er accessit d'Histoire et Géographie; Cinquième, 2ème accessit de Composition, 2ème prix de Version latine, accessit d'Histoire et géographie; Quatrième, 1er accessit de Composition, 1er prix de Version latine, 2e prix de Version grecque, accessit d'Histoire; Troisième, 3ème accessit d'excellence. 2ème prix de Version grecque .Seconde, 2ème accessit cl'excellcce, 2ème prix d'amplification française, 2ème accessit de thème allemand. Il n'est plus mentionné après le 31 août 1829).
Il acheva ses études secondaires au collège royal de Dijon, ainsi que son compatriote le géologue Hommaire de Hell, et acquit les grades de bachelie ès lettres et de bachelier ès-sciences.
Proposé, le 16 octobre 1833, par le Bureau d'administration du collège de Thann pour remplacer M. Knoll, régent de mathématiques, Charles Amberger est nommé à ce poste. Il resta durant 23 ans attaché a cet établissement et y remplit toute sa carrière de fonctionnaire.
Deux ans après la mort de son père, le 18 avril 1840, il épouse une jeune fille issue du même milieu que sa famille. Elle se nomme Mélanie Garozzi, et est née à Altkirch le 31 octobre 1815. Son nom, de consonance italienne, sexplique aisément car son grand-père était venu du Tessin sinstaller dans le Sundgau, à la même époque que de nombreux marchands lombards (voir leur histoire sur le site dédié à ma généalogie). Le couple donnera naissance à sept enfants :
- Marie, laînée, née en 1841, qui épousera son propre cousin, Paul Monestier, le fils de Constance Amberger, sur cadette de Charles
- Charles, né en 1842, sans descendance,
- Lucien, époux de Marie Agathe Philomène Keim, dont les deux fils, lieutenants dans larmée, seront tués lun, Lucien, en Guinée par un fou en 1907, lautre, Charles, au combat en 1915,
- Mélanie, née le 21 février 1845 à Thann, mon ancêtre,
- Octavie, née en 1846, épouse dAlfred Zeltner : mes grands-parents maternels garderont contact avec ses enfants,
- Gustave, né en 1855, mort en 1950 à 95 ans, ingénieur des Ponts et Chaussées (il est notamment cité comme travaillant sur des chantiers en Pologne et en Italie). Son fils «Pierre» Stanislas est mort en 1992 à lâge de 99 ans. Jai contacté sa veuve en 1997, elle ma transmis quelques documents généalogiques sur les Amberger et Garozzi dont je parle ici,
- et enfin Fanny, née en 1856, sans descendance.
Ce que fut l'enseignement de M. Amberger, ce que furent ses idées en matière pédagogique, rien ne le montre mieux que le discours qu'il prononça lors de la distribution des prix le 17 août 1841.
Ajoutons aux éléments essentiels de ce discours que nous avons indiqués dans l'historique du collège, un passage caractérisant surtout l'éducateur :
C'est pour M. Amberger « un fait d'observation qu'à noins d'organisation viciée des le berceau, tout enfant est doué de quelques aptitudes que les parents et les instituteurs doivent s'attacher à découvrir, afin de le diriger dans les études et, plus tard, dans une carrière qui permette à ses facultés spéciales de se développer; que s'il est des écoliers à nature rebelle dont on ne peut tirer parti, cela tient à ce que les études qu'on leur impose sont antipathiques aux tendances de leur esprit. »
« La pratique doit être associée aux leçons théoriques », telle était l'idée fondamentale de M. Amberger en matière pédagogique.
Les résultats frappèrent les esprits avisés, qui souscrivirent à l'éloge suivant contenu dans la « Feuille d`annonces de Thann »: « M. Amberger a tout ce qui constitue le bon professeur, ardeur pour la science, grande lucidité dans les idées et faculté remarquable de les communiquer, amour pour la jeunesse et sentinent de la dignité de sa profession. ll s'est peint en partie, lorsqu'après s'être félicité d'avoir embrassé la carrière de l'enseignement, il dit : « malheur à celui qui, tandis qu'il est livré aux occupations de son état, ne voit que le lucre ! Celui-là est un mercenaire, un parasite clans la société ! »
Le professorat, il le considérait comme un vrai sacerdoce, et il était tout désigné pour prendre, le cas écheant, en mains la direction du collège de Thann. Lorsque, par arrêté du 31 mai 1843, il fut nommé principal de ce collège, en remplacement de M. Delarue, ce ne furent qu'acclamations et approbations.
Cependant, au mois d'août 1842, il avait fait une demande de mutation. Il désirait être placé au collège d'Altkirch en remplacement de M. Ie régent Collombe, qui le remplacerait à Thann. Le Bureau administratif du Collège de Thann, consulté par le recteur, tout en reconnaissant la perte qu'il ferait en M. Amberger, dont les services ont été appréciés, répondit qu'il ne pouvait opposer un refus, vu les graves considérations de famille exposées par M. Amberger. Il s'agit sans doute du décès de sa sur Marie Anne Adèle, qui décède cette année là. Mariée depuis un an à peine avec le l'ingénieur conducteur des Ponts et Chaussée Joseph René Xénard, il est probable qu'elle soit morte en couches, elle n'avait que 24 ans. En dépit du fait que Charles ait eu à Altkirch d'autres membres de sa famille, il se devait, en tant qu'aîné mâle, de retourner auprès de sa mère, veuve depuis quatre ans, pour lui apporter le soutien moral dont elle devait avoir besoin.
Les raisons d'ordre général l'emportèrent néanmoins : M. Amberger resta au Collège de Thann, et bientôt le Bureau d'administration obtint de lui l'acceptation de la place de Principal.
Le lecteur voudra bien se reporter aux pages de l'historique relatives à cette nomination. Ajoutons seulement que le maire avait fait intervenir le général de Bellonet, député du Haut-Rhin et M. André Koechlin, député.
lnstallé dans ses nouvelles fonctions le l9 mai 1843, M. Amberger prononce le discours d'usage à la distribution des prix, le 21 août. Durant les vacances il rédige un prospectus, reproduit en partie dans l`historique du collège. La rentrée est meilleure que la précédente, et en mai le principal soumet au Bureau deux plans de transformation des bâtiments du Collège; plus tard il insiste sur le port de l'uniforme.
On le voit, son activité se déploie sous bien des formes.
Lors de la distribution des prix en août 1841, il prononce un discours où il montre à merveille que rien de ce qui touche à l'éducation ne lui est étranger. ll éprouve un vrai plaisir à signaler les bienfaits des salles d'asile, ces nouvelles écoles de l'enfance, dont « I'action produira une heureuse révolution dans les habitudes morales de la classe ouvrière ». La sollicitude maternelle avec laquelle, dans les salles distribuées avec une sage prévoyance, les dames veillent sur ces êtres dont la plupart étaient destinés à végéter dans l'abanlon et le désordre, Ie touche profondément et il constate avec une satisfaction marquée que ces petits groupes sont dociles, attentifs au geste et à la voix de leurs affectueuses direcrices.
L'activité du principal Amberger apparait, dans l'historique du collège, pour ainsi dire à chaque page. On y voit comment il a su défendre les intérêts de l'établissement, notamment en 1845, contre ceux qui voulaient en diminuer l'importance, sinon le supprimer. Grâce à lui, le collège resta, de plein exercice; le mathématicien maintint les prérogatives de la philosophie.
Que si, après 1848, le nombre d'élèves diminue, ce fut une conséquence des événements économiques le fait s'est produit ailleurs, à Altkirch par exemple, où le principal Ltscher, dont l'influence était grande, ne réussit pas davantage, durant un certain laps de temps à accroître le nombre d'élèves.
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En 1848, par ailleurs, le principal Amberger ne craignit point de se montrer. La République fut proclamée à Thann le 28 février par les autorités constituées; il la proclama en classe, mais un seul élève, Edouard Gerspach, le futur directeur de la manufacture des Gobelins, osa I'applaudir.
Auguste Scheurer-Kestner, à qui nous empruntons ces details, ajoute (dans ses Souvenirs de Jeunesse): « La République militarisa quelque peu notre vieux collège. Nous fûmes dotés d'une musique et d'un drapeau tricolore ».
Heureuse idée, digne du phalanstérien qu'était M. Amberger, que l'achat en commun de ce drapeau, religieusement conservé au musée de Thann.
On demanda à M. Amberger de faire partie du comité populaire de 12 membres, chargé de s'entendre avec la commission départementale, et de proposer une liste de candidats aux fonctions de représentants de la nation. Elu, le 19 mars par 170 voix, il fut l'un des secrétaires de ce comité électoral, dont le président était le notaire Wilhelm. C'est sans doute lui qui rédigea une circulaire, signée du président et des deux secrétaires, qui fut adressée aux maires et aux adjoints du canton, invitant les délégués des communes à une réunion générale, dont le but était de discuter les candidatures, d'empêcher les divisions. ll s'agissait aussi bien, lit on dans la circulaire, pour l'assemblée nationale, de « fonder et consolider ces institutions démoratiques qui seule peuvent conduire ]a France à la réalisation de ses grandes et nobles destinées. »
Dès le 10 mars, il avait envoyé au ministre provisoire de l'instruction publique l'adresse suivante signée par tous les fonctionnaires du collège, document remarquable, dit la Feuille d'Annonces de Thann et Cernay », par les sentiments de patriotisme qui y sont noblement exprimés:
Monsieur le ministre,
« Citoyens français, nous sommes heureux de voir s'ouvrir pour notre pays l'ère de la liberté; instituteurs de la jeunesse et membres de l'Université, nous sommes fiers d'avoir contribué dès longtemps à l'acte généreux qui vient de rendre à la nation l'exercice de ses droits les plus sacrés: la jeunesse des écoles, qui s'est couverte de gloire dans les journées de Février, sort de nos mains; nous la voyons avec orgueil rendre un éclatant témoignage des leçons de patriotisme que nous lui avons données. Notre passé, Monsieur le ministre, vous répond de l'avenir: si nous avons jusqu'ici donné à la jeunesse une éducation nationale; si, par nos inspirations, si, en échauffant le patriotisme naissant au foyer du patriotisme antique, nous avons si puissamnent aidé au réveil de la liberté, que ne ferons nous pas maintenant que le libéralisme n'est plus mis en suspicion, mais honoré comme la première vertu du citoyen ! Adhérer au gouvernement républicain et aux principes qu'il proclame, c'est de notre part promettre la continuation de notre dévouement à former, pour toutes les carrières de la société française, des citoyens d'un patriotisme éclairé, et comprenant le sens et l'étendue de cette sublime devise: Liberté, égalité, fraternité.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de notre profond respect et de notre sympathique dévouement.
Ch. Amberger, principal; Leras, Alvin, Schmidt, Ruhlmann, Klenck, Gérard, régens; Muller, Erny, maîtres d'étude. »
Le Principal Amberger fut un des conseillers adjoints au Conseil municipal par le commissaire du gouvernement, à la suite de la révolution de février. Mais aux élections municipales d'août, il ne se porta pas candidat.
Lors de Ia distribution des prix, il prononça l'allocution suivante, qui fut fort goûtée:
« Jeunes élèves, la solennité qui nous réunit n'est pas seulement une fête de famille, elle est aussi une fête civique où les joies et les vux de vos parens viennent se confondre avec les nôtres.
« Des événements que l'histoire appréciera ont laissé de vives impressions dans vos esprits et vous devez pressentir quelles espérances nous aimons déjà à fonder sur vous. Un coup a été frappé qui a remué jusqu'aux entrailles cette France prédestinée et nous a légué une tâche qui semble au dessus de nos forces. Nous avons confiance dans les destinées de la France, et tandis que les élus de la nation mettent toutes leurs lumières et tout leur dévouement à raffermir nos institutions et à en élargir les bases, appliquons-nous, parens et maîtres, à y préparer la génération qui s'élève, préparons-la à recueillir les fruit des conquêtes qui nous ont tant coûté.
« Lorsque de nouveaux besoins se manifestent dans Ia société et réclament l'exercice de droits nouveaux, ces aspirations vers la liberté se traduisent, dans une partie du corps social, par des espérances vagues, exagérées, aux quelles succèdent des théories dangereuses, suivies de catastrophes à jamais déplorables. Mais les esprits dont une instruction saine et solide a développé les bons instincts, ceux-là savent contenir leurs élans dans de sages limites et se gardent de franchir les bornes que le temps et la Providence ont assignées au progrès, dans chaque siècle ils ont le calme et la prudence nécessaires pour se rendre compte des faits et en prévoir les conséquences; ceux-là aussi sont capables d'amener les réformes et les améliorations dont notre époque est susceptible.
« Que le bienfait de l'instruction pénètre dans tous les rangs et que bientôt nous soyons tous dignes de cette liberté qui consacre nos droits et nos devoirs, mais qui est une arme dangereuse entre les mains de qui ne sait que détruire sans savoir réédifier.
Que l'histoire, jeunes élèves, et particulièrement notre histoire nationale, soit le sujet de vos méditations, et la source du patriotisme et du dévouement que mérite cette France toujours si grande et si généreuse. Que l'étude des langues féconde votre esprit, soit qu'elles fassent revivre à vos yeux les héros de l'antiquité et vous inspirent de leurs nobles sentiments, soit qu'elles vous préparent à cette fraternité des peuples dont les langues sont le premier et ]e plus facile des liens.
Depuis longtemps l'Université vous avait tracé cette voie, mais il n'était donné qu'à la nation devenue souveraine de réaliser tous nos vux et de jeter les bases de la véritable égalité, de cette égalité qui n'est point un monstrueux nivellement des esprits et des positions, mais qui, sans distinction de naissance et de fortune, découvre le mérite et le talent partout où il se trouve et leur fournit les moyens soit de briller au premier rang, soit de développer les aptitudes dans les diverses branches de l'industrie et des arts.
« Un plus vaste champ va donc être ouvert à votre émulation, jeunes élèves; mais si la patrie vous entoure de tant de soins, de tant de sollicitude, elle attend aussi de vous que vous prouviez par votre travail et par votre soumission à la discipline que vous êtes dignes de ses espérances. L'amour du travail, le respect de l'ordre, en un mot, l'accomplissenent de tous vos devoirs, telle est la meilleure sauvegarde de votre jeunesse et le seul moyen de devenir un jour de vertueux et d'utiles citoyens. »
Ce sont là de nobles paroles, caractérisant bien le principal Amberger. Aussi avons-nous tenu à les reproduire intégralement.
Lors de Ia distrilbution des prix en 1849, le Dr Chrétien, membre du Bureau d'administration du collège, se plut à rendre hommage à « I'honorable principal qui dirige notre collège avec un zèle soutenu et digne des plus grands éloges », qui venait de parler « de I'éducation en père ayant conscience de ses devoirs, en homme de cur qui, comprenant la sainteté de la mission qu'il a reçue, s'est élevé à la hauteur du sacerdoce social que lui ont imposé la confiance de l'Université, I'estime de I'administration municipale, l'affection des familles. >>
Les rentrées sont sans doute, de par la faute des temps, de moins en moins brillantes, mais, précisément, M. Amberger a eu le mérite de maintenir, quand même, le collège en cette période difficile qui dura quelques années. Il sut, notamment en 1852 intervenir fort habilement. Lors de la distritution des prix au mois d'août, tout en préconisant l'alliance naturelle des lettres et des sciences, « fond nécessaire d'une éducation libérale et française », il éprouva le besoin d'insister, lui, mathématicien, sur la nécessité de l'étude des langues anciennes, disant que rien n'est plus propre que ces langues à former l'instrument avec lequel s'acquièrent les connaissances positives.
En octobre, conformément au voeu exprimé par le conseil municipal à l'occasion de son vote du budget du collège pour 1853, le recteur de l'Académie du Haut-Rhin autorisa M. Amberger à se charger, indépendamment de ses fonctions, de la direction supérieure des écoIes primaires publiques de garçons, dont la direction ordinaire demeurait confiée à M. Connerose, instituteur.
Ce choix était une nouvelle preuve des sentiments dont étaient animés l'administration et le conseil municipal envers M. Amberger. Grâce aux démarches du principal, on parvint notamment à aplanir les difficultés qui, depuis quelques années, s'étaient opposées à la réorganisation des écoles de nuit, spécialement destinées aux enfants des fabriques.
Cependant, le travail était bien absorbant. A la séance du 31 mai 1855, M Amberger entretient le Bureau d'Administration de ses occupations comne administrateur et comme professeur. Il expose que le nombre de ses heures de classe ayant doublé depuis que l'on a supprimé le maître d'etudes, le temps qu'il doit consacrer à la direction du collège, à celle des écoles primaires et à la surveillance des études est insuffisant. Le Bureau reconnaît l'urgence de remédier à cet état de choses et prie le Principal de lui soumettre, à la fin de l'année scolaire, les combinaisons qu'il croit applicab1es pour assurer les besoins du service.
Lors de la distribution des prix le 14 août 1855, M. Amberger fait lui-même le discours d'usage. Ce devait être la dernière fois qu'il parla en pareille circonstance. Sans le prévoir, il développa comme un testament scolaire.
Il entretint son auditoire du but qu'on se propose au collège: initier les élèves à la pratique de la vie sociale par l'amour de l'ordre, par le respect de l'autorité et par le sentiment du devoir. Il insista particulièrement sur ce dernier point, s'appuyant dans ses recommandations sur les événements qui préoccupaient alors particulièrement les esprits. Du palais de l'Industrie, où avait lieu la première de nos Expositions universelles, M. Amberger transporta par la pensée ses auditeurs au milieu des vaillants champions de la civilisation et du bon droit qui, en Crimée, soutenaient le bon renom de la France.
Durant les vacances, le Bureau d'Administration du collège decide qu'à la rentrée la classe de 5e de l'école primaire serait transférée au collège et que l'on créerait un externat surveillé. Le conseil municipal adopta le projet, élaboré du reste d'accord avec le principal. Celui-ci avait la haute direction de tout. Surcroit de besogne, qui allait bientôt peser trop lourdement sur les épaules de M. Amberger.
De surcroit, la même année c'est son frère Paul qui décède, seulement âgé de 35 ans. Nul doute que ce deuxième décès dut l'affecter, et que les maux dont il allait être vicitme furent aussi, en partie, liés à ce second décès
Fin janvier 1856, il souffre de névralgies, et cela dure des semaines, paralysant son activité. Il se décide, sur le conseil des médecins, à renoncer à ses fonctions de principal, et écrit, le 28 avril, la 1ettre suivante à l'inspecteur d'Académie:
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« Depuis plus d'un an, ma santé a eu de graves atteintes par suite de la multiplicité des occupations, auxquelles j'ai dû suffire pour ne point laisser choir un établissement dont l'Université a bien voulu me confier la direction il a 13 ans. Malgré les vicissitudes que nous avons eu traverser, je n'ai jamais désespéré du maintien de notre collège, qui, depuis de nombreuses années, a été si utile à ]a jeunesse de cette localité, et qui est appelé à rendre encore de bons services aux familles.
Grâce à votre concours, M. I'inspecteur, notre établissement renferme aujourd'hui tous les éléments qui peuvent assurer son avenir; mais la tâche est désormais au dessus de mes forces, et pour sauvegarder les intérêts du collège, et ceux de ma famille, je viens vous prier d'informer M. Ie Recteur que je désire être remplacé à la fin de mai, en faisant valoir mes droits à un traitement de réforme, si le décret du 19 décembre 1851 doit m'être applicable.
J'avais espéré pouvoir accepter une position dans l'industrie à Thann, qui m'aurait permis de pourvoir aux besoins de ma nombreuse famille, mais j'ai dû y renoncer après avoir consulté le médecin, pour accepter hors ville un emploi qui exige moins de contention d'esprit et qui permette de prendre beaucoup de soins (2).
Tous les amis de la jeunesse studieuse de Thann et des environs apprirent avec un regret bien légitime la démission de M. Amberger.
La « Feuille d'Annonces de Thann et Cernai », se faisant l'écho du public, écrivait:
« Cette retraite prématurée est d'autant plus regrettable qu'elle atteint également les établissements d'instruction primaire que le conseil municipal, d'accord avec l'autorité académique, avait aussi placés depuis quelques années sous la direction supérieure de M. Amberger, mission dont celui-ci s'est constamment acquitté avec ce zèle, cette abnégation et ce dévoûment qui présidaient à toutes ses actions, lorsqu'il s'agissait de l'avenir des enfants confiés à ses soins. »
Le 14 mai, M. Amberger écrivait: « Ce n'est pas sans regrets que je quitte ces fonctions, qui vont faire cesser pour moi des relations où le cur et l'intelligence avaient une si large part. Pour conserver un père à une nombreuse famille, j'ai dû faire le sacrifice de mes sympatthies pour l'administratrion que je quitte. »
Le 1er juin, un congé de disponibilité lui ayant été accordé, M. Amberger quitta la direction du collège. Avant de se séparer des élèves et de ses collaborateurs, il leur adressa les plus touchants adieux.
« C'était, écrivait la « Feuille d'Annonces de Thann et Cernai » : un père dont le cur se déchire en abandonnant une famille chérie, et qui, les larmes aux yeux, donne à ses enfants les plus sages conseils, demande pour eux à ses anciens collègues la continuation des soins éclairés et du zèle que tant de fois il a admirés. C'était un père recommandant ses fils bien-aimés à I'affectueuse sollicitude de son estimable successeur. Dans l'accolade donnée aux fonctionnaires du collège, dans le baiser d'adieu que vinrent recevoir les chefs de peloton, représentant leurs condisciples, on sentait l'homme de bien qui s'était voué tout entier à une sainte mission, à l'éducation de la jeunesse; on sentait I'homme de cur qui a rempli avec amour les devoirs qu'impose la difficile et pénible carrière de l'enseignement.
Les larmes, les sanglots des élèves ont éloquemment répondu aux touchantes paroles du chef qui allait s'éloigner d'eux...
Le nouveau principal, M. Ruhlmann, dans une allocution pleine de vraie sensibilité, a payé un juste tribut d'éloges à son prédécesseur, félicité les élèves des honorables et légitimes regrets qu'ils manifestent et leur a proposé comme exemple de vertus privées, comme modèle d'une scrupuleuse exactitude dans l'accomplissement du devoir, l'excellent homme qui quitte la direction du collège...
Dans cette réunion des maîtres et des disciples, le bureau d'administration était représenté par son secrétaire. Celui-ci, au nom de ses collègues, remercia M. Amberger des services qu'il a rendus avec un dévouement, avec une abnégation que l'on ne saurait trop honorer. Il l'a remercié de la part active qu'il a prise à la création récente d'un puissant élément de prospérité pour l'établissement, et lui a exprimé la profonde gratitude qu'inspirent aux personnes qui s'intéressent à l'avenir du collège les efforts persévérants qu'il a faits pour que notre enseignement secondaire ne cesse pas de répondre à tous les besoins de Ia localité. »
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Lors de la distribution des prix, qui eût lieu le 18 août, l'auditoire s'associa spontanément, avec émotion, aux témoignages de sympathie, de regrets, que M. Ruhlmann a exprimés en parlant de son prédécesseur (4). Le Dr Chrétien, membre du bureau d'administration, remercia publiquement M. Amberger des services rendus pendant vingt-trois ans à la jeunesse studieuse, services qui lui avaient valu la rosette d'officier de l'Instruction publique.
Que dans le respectueux attachement de ses anciens élèves, dit-il, que dans la reconnaissance des familles et de l'administation, que dans la certitude de léguer à ses enfants le plus précieux, le plus ambitionnable des héritages, un nom honorable et honoré, il trouve la légitime récompense du dévouement qu'il a montré à la sainte cause de la civilisation par le développement moral et intellectuel de la jeunesse ! »
De Malmerspach, où il avait trouvé un emploi rémunérateur à la filature Schmalzer, M. Amberger écrivait le 18 novembre: « Mes nerfs se sont usés dans les dernières transfornations qu'a subies le collège et les luttes de toute espèce que j'ai soutenues pendant 10 ans » (5).
L'administration lui témoigna sa reconnaissance en octroyant à son fils Lucien, qui se destinait à l'Ecole des Arts et Métiers (6), une bourse au Iycée de Colmar (en 1857).
ll quitta hientôt Malmerspach et obtint une place d'ingénieur à la fabrique de produits chimiques de Vieux-Thann, où il resta jusqu'en 1880.
En 1870, il avait opté pour la France. Le départ de ses enfants et les vexations des autorités allemandes le décidèrent à rejoindre à Besançon la famille de son gendre M. Adolphe lhler (7).
Il y vécut d'une modeste pension que l'Empire lui avait refusé à cause de ses opinions républicaines bien connues et qu'il n'obtint qu'après l'avènement de la République.
Cest sans doute vers cette époque quil se fait faire son portrait. Contrairement à son père, on ne peut pas dire que Charles bénéficie dun charisme impressionnant. En dépit de la moue de circonstance, destinée à laisser une image digne et respectueuse sans doute, on devine un caractère doux et bon.
C'est là, à Besançon, qu'il décède à l'âge de 74 ans, le 1er août 1885, en son domicile du 16, rue Morand, à quelques pas du domicile de sa fille et de son gendre, qui habitent au 7 de la même rue.
Le «Thanner Kreisblatt ou « Journal de Thann », par la plume d'un de ses ancies élèves, M. Xavier Kieffer, rédacteur en chef de cette feuille, lui rendit un témoignage de vraie et profonde sympathie.
« La vie de M. Amberger, écrit-il, n'a rien eu d'éclatant, et ce n'était pas ce qu'on appelle un homme heureux: il a connu le travail et l'adversité, mais à cette sévère école son âme a grandi, et c'est en souffrant qu'il a appris à compatir à toutes les souffrances...
Il a su inculquer à ses élèves des principes de droiture et de moralité, qui n'étaient que l'écho de ses sentiments, et aujourd'hui, combien de pères de famille lui doivent les vertus qui font le bonheur et la paix du foyer domestique...
Pour l'ouvrier, il ne fut jamais un maître mais un père. Combien de fois sa bourse, ses vêtements et jusqu'au repas qui lui était servi passaient à l'ouvrier dont il avait deviné la misère.
Si nous aimons à rappeler ces humbles détails, c'est parce qu'ils nous ont révélé en M. Amberger ce génie que comprennent toutes les classes de la société, la bonté du cur...
La vie du défunt a été couronnée par une mort chrétienne; il a retrouvé pleinement, pendant sa longue maladie, les croyances qui avaient fait le bonheur de sa jeunesse, et le prêtre a été le dernier confident de cette existence si bien remplie.
Il est inhumé deux jours plus tard, après les obsèques chrétiennes qui ont lieu en léglise Saint Pierre, en présence de sa veuve, de ses enfants, gendres et brus et sans doute de nombreux amis.
Trois années plus tard, le 22 février 1888, Mélanie Amberger, née Garozzi, le rejoint dans le repos éternel.
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Les généraux IHLER
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Les brasseurs
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Le professeur
Charles Amberger***
D'autres IHLER
(mes ancêtres)***