Mes ancêtres IHLER

Origine du nom

Le patronyme IHLER n’est pas unique, comme on aurait pu le croire. Si celui de notre famille l’est, il en existe un autre, dérivé de l’allemand Ohler, transformé plus tard en Ehler, Euler, puis (rarement) par Ihler. Cette forme ne se retrouve pas en France, mais seulement en Allemagne et aux Etats-Unis.
En ce qui concerne « notre » Ihler, il s’agit vraisemblablement à l’origine du nom donné à “celui qui pêche sur la rivière de l’Ill”, en allemand, Iller.
L’orthographe des noms propres n’existant bien sûr pas au moyen âge, on trouve jusqu’au XVIIème siècle des variantes telles Yller, Yhler, Isler ou Iller, avant que celui-ci ne se fixe définitivement en Ihler. L’origine de notre famille est donc aisément situable géographiquement. Les Ihler ont toujours vécu dans cette région du sud de l’Alsace que l’on nomme le Sundgau, et le premier qui obtint un surnom transformé par la suite en nom, devait être pêcheur, et habiter près de l’Ill, entre le XIIème et le XIVème siècle.

Dans sa “Chronique de Thann”, le père Malachie Tschamser (1678-1724), raconte que les Ihler sont déjà signalés à Thann dès 1525.

Quelques cents années plus tard, on commence à trouver des Ihler au sein des premiers registres paroissiaux et des actes notariés. Ainsi, en 1625, alors que Thann est encore possession autrichienne (elle l’est depuis trois siècles, après avoir appartenu à la famille de Thiébaut de Ferrette depuis sa fondation au XIIème siècle) on trouve un certain Hans Ihler et son fils Hans Conrad, en 1631 Marten Iller, bourgeois de Thann, ou encore en 1640 et 1653 un Hans Jacob Yller, tanneur et bourgeois de Thann.

En 1659, sans doute afin de bien montrer au peuple qui est le nouveau propriétaire et seigneur, a lieu le recensement des habitants de la seigneurie de Thann. En effet, ces territoires viennent d’être offerts (en 1658) par un tout jeune Roi, déjà brillant comme le soleil qui deviendra son emblème, Louis XIV, à son favori, le cardinal Mazarin. Louis XIV est le grand vainqueur de la guerre de Trente ans, et l’Alsace est française depuis 1648. Mazarin n’y mettra d’ailleurs jamais les pieds, car il meurt deux ans plus tard.

Ce recensement indique cinq chefs de famille portant le nom de Ihler (deux Ihler et trois Isler) résidents à Thann (il n’y en pas ailleurs dans la région) :
• Sigismond, manouvrier de 40 ans, père de trois enfants de moins de 20 ans,
• Jacques J.(ean), tanneur de 47 ans, père de 7 enfants de moins de 20 ans et d’un de plus de 20 ans (notre ancêtre par plusieurs branches féminines),
• Jean, vigneron, 42 ans, 5 enfants de moins de 20 ans, 4 de plus de 20 ans. Il est l'époux de Barbe Bruch. Aattention cependant, car à la même époque on trouve un autre Jean Ihler, tanneur, époux d'Agnès Larger.
• Jean Thiébaut, boucher, 28 ans, 2 enfants de moins de 20 ans. Il s'agit de notre ancêtre, né en 1633, il a en fait 26 ans.
• La veuve de Adam Ihler, 80 ans, deux enfants de plus de 20 ans.
Ce Adam est peut-être le père de Sigismond / Salomé Nieppein, et le deuxième enfant de plus de 20 ans est Jean Jacques (47 ans) ou Hans (42 ans)...
Mais cela n’est que supposition, et il serait trop aléatoire de parier là-dessus.

Commençons cette étude par un bref aperçu de Jean-Jacques Ihler, seul avec sa fille Catherine a nous intéresser dans ce chapitre, avant de passer à la descendance mâle qui nous concerne plus directement.


Jean-Jacques Ihler
& Catherine Tschobb

On sait que Jean Jacques est né à Thann vers 1612. Il apparaît dans les archives notariales pour la première fois en mars 1640. Il y est dit bourgeois et tanneur à Thann.
L’indication de sa profession peut laisser penser que son père était Hans Ihler, puisque celui-ci, plus âgé, était également tanneur et que, on le sait, les professions étaient fréquemment héréditaires à l’époque. Ainsi, peut-être aurait-il repris la profession de son père.
Ce jour de mars, il achète au meunier Fridtman, de Fellering, deux “lits de champs”, alors qu’à la même époque, c’est la dame Catherine Sifferlé qui, elle, lui vend deux autres "lits de champs". Ces lits de champ sont sans doute des portions de terres, sur lesquelles on peut faire pousser notamment de la vigne, une occupation fréquente chez toutes les personnes aisées, même si cela n’est pas leur métier.
Jean Jacques est marié depuis trois années, il a épousé Catherine Tschobb, dont on ne sait pas grand chose. On peut néanmoins présumer d’un bon statut social de la dame, les quelques Tschobb ou Tschopp épars dans les registres dans cette première moitié du 17ème siècle n’étant apparemment pas de simples paysans. Ainsi, en 1669 sont cités Jean Thiébaut, bourgeois de Guebwiller, et Simon, maire de Didenheim (peut-être lieux d’origine de la famille), Thiébaut Tschopp, époux Arnold, conseiller à Thann, et décédé en 1668, Conrad Tschob, bourgeois, époux de Marie Rossgart qui en 1634 fait son testament.

Lors du mariage étaient présents deux personnalités Christof Grele(?), docteur en médecine, et Morand Von Gardt, dont les seuls noms et professions nous confirment que Jean Jacques et Catherine n’étaient pas n’importe qui...

Le couple aura sept enfants de 1637 à 1653, mais seul un nous donne quelques renseignements : Catherine, la seconde, en 1639, notre ancêtre par ses deux mariages avec des personnalités importantes de la petite ville (Jean Jacques Tschann, tanneur, qu’elle épouse en 1661 et qui lui donnera 4 enfants avant de décéder, puis Pierre Bechelin en 1667, avec qui elle aura 11 enfants).

Des six autres enfants, on ne sait ni s’ils vécurent vieux, ni s’ils eurent une descendance. On peut toutefois supposer, en étudiant scrupuleusement les dépouillements paroissiaux, que son fils Jean Thiébaut, né en 1643, tanneur, est l’un des Ihler de Thann dont la descendance nous est connue. Etant donné sa profession, son âge, et les parrains / marraines de ses enfants (Joseph Tschann, époux de sa soeur Catherine, tanneur, Marguerite sa soeur) que l’on retrouve pour plusieurs naissances, qu’il est probablement le Jean Thiébaut époux de Anne Marie Heig en 1671, qui aura une nombreuse descendance.

Tout au long des naissances de leurs enfants, Jean Jacques et Catherine vont traverser l’une des périodes les plus sanglantes de l’histoire de l’Alsace : la Guerre de Trente ans. J’expliquerai plus loin comment elle fut vécue à Thann.
Les conditions de vie étaient tellement difficiles qu’il est bien possible que la plupart des cinq enfants, dont nous ne savons rien, presque tous mis au monde pendant la plus mauvaise période, moururent en bas-âge.

En 1657, c’est par un document en très mauvais état que l’on retrouve Jean Jacques, qui enregistre à son profit l’obligation d’un certain Jacob Betsch, bourgeois de Spechbach-le-Bas, de lui verser, soyons précis, un capital de trois doublons, chacun compté à six florins, ainsi qu’un quartaut de blé.

Ces obligations étaient fréquentes, en échange de dons de maisons, de terres, prêts ou autres échanges.
C’est malheureusement tout ce que l’on sait de Jean Jacques et de sa femme, et la piste s’arrête en cette année 1657 : Jean Jacques avait 45 ans.

De ce couple, nous descendons par trois fois.

Ci-contre :
Ferdinand II de Habsbourg,
le perdant. Tous deux, cependant, ne connaîtront pas l’issue du conflit, décédés avant qu’il ne se termine, et ce sont leurs successeurs, Louis XIV et Ferdinand III, qui scelleront définitivement la paix.
Ci-dessus :
Louis XIII,
vainqueur du conflit
Sigismond Ihler
& Salomé Nieppein

Une étude attentive des dépouillements des naissances et mariages de Thann, de 1610 à 1892 permet aujourd’hui de confirmer l’hypothèse avancée par Marie Hildenbrand, donnant Sigismond et Ursula Kirchmeyer comme nos ancêtres, en corrigeant toutefois une erreur qu’elle a commise.
Grâce à l’acte de naissance de son fils, on sait que Sigismond est le seul Ihler vivant dans le premier quart du 17ème siècle à Thann, son épouse ne peut donc être que Salomé Nieppein, Elisabeth (et non Ursula) Kirchmeyer étant la marraine de son fils, et non sa mère.

Que savons-nous de Sigismond ? Que son prénom lui fut donné en l’honneur de Sigismond d’Autriche, seigneur de Thann, dit Sigismond-le-Riche, fils de Frédéric IV de Habsbourg, qui régna sur Thann de 1463 à 1490. C’est à lui que l’on doit la création des armoiries de Thann, toujours utilisées aujourd’hui.
Sigismond Ihler a dû naître dans les années 1600/1610, peut-être un peu avant, puisque son fils Jean Thiébaut naît en 1633.
Ce fils est la seule trace que l’on possède du couple. Je n’ai pas retrouvé d’autres enfants, ni d’actes notariés les concernant. A une date indéterminée, Sigismond épouse Salomé Nieppein, issue d’une famille d’origine extra-thannoise sans doute car on ne trouve aucun Nieppein dans les registres de Thann, à l'exception d'une Agathe, marraine en 1625 et 1628, et d’un Jean Niebein, « cantor », parrain en 1627.
Les Nieppein ont apparemment un rang social très élevé, car on sait notamment qu’un Jean Nieppein (le même que le précédent ?) fut prévôt du chapitre de Thann de 1637 à 1656.
Par ailleurs, on apprend en 1659, grâce au recensement, qu’unSigismond Ihler est manouvrier de profession. Ce terme désigne plutôt les gens de petites conditions, qui louent leurs mains à la journée dans de petits travaux paysans : cela implique qu’il ne s’agisse pas du même Sigismond que notre ancêtre, car cela est en contradiction avec le rang social de Salomé, et celui qu’auront ses enfants.
Le manouvrier dont il est question ne peut être que le Sigismond Ihler qui épouse Anne Marguerite Rossgart en 1642, seule personne du même prénom vivant à la même époque. Reste que ce dernier est probablement un cousin du nôtre.
Cet unique Sigismond dans le recensement permet par ailleurs de tirer une autre conclusion sur notre anc^être : il est décédé avant 1659 (ceci expliquant par ailleurs pourquoi on ne trouve sa mention qu’une seule fois dans les registres paroissiaux, très succincts jusque vers 1680).

Sigismond et Salomé ont connu les horreurs de la guerre de Trente ans, un des premiers conflits européens importants de l’histoire du monde, conflit qui a débouché sur le rattachement définitif, jusqu’en 1870, des terres d’Alsace.
De 2450 habitants en 1621, la population est tombée à seulement 500 en 1639, pour remonter jusqu’à 1150 lors du recensement, dont presque 600 de moins de 20 ans.
C’est à partir de 1619 que Thann connaît les premières affres de la guerre. Sa situation stratégique lui vaut d’être fréquemment traversée par de nombreuses armées, et l’on sait que les soldats, souvent recrutés parmi la lie de la population, profitent de leur position de force pour se défouler chez les habitants. Cette année là, Sigismond et Salomé pourront observer, sans doute avec inquiétude, le passage de soldats Wallons et Flamands (1000), d’Espagnols (7000) qui se dirigent vers la Bohême.

En 1621, Mansfeld, adversaire de l’empereur d’Autriche, occupe la région, menaçant Thann par le nord. Aussi, le 15 janvier 1622 l’archiduc Léopold d’Autriche se rend à Thann, ou le grand bailli vient de créer une compagnie de 600 hommes. La population assiste à tous ses préparatifs, et les sentiments des habitants sont aisément imaginables. Heureusement, Thann ne subira aucun combat dans l’immédiat, Mansfeld ayant quitté l’Alsace.

Mais dans le même temps, le royaume d’Autriche met à contribution ses habitants pour l’effort de guerre, et la dîme augmente de façon vertigineuse, saignant un peu plus les paysans. L’ennemi, pendant ce temps, se prépare, et la France s’allie à la Suède. L’Autriche se prépare elle aussi, et un nouveau commandant de la place de Thann est nommé, l’Italien Albertini.
Soudain, tout s’accélère : dès l’été 1632, des troupes françaises traversent Thann, suivies de peu par les suédois, qui conquièrent l’Alsace, descendant du nord vers le sud, pillant, brûlant et massacrant tout sur leur passage. Thann, qui est au sud, accueille de très nombreux fugitifs, arrivés précipitamment. Le 30 décembre 1632, le commandant de Thann, Metternich, qui ne dispose que de 360 hommes dont 160 à cheval, refuse de se rendre. Les suédois bombardent Thann, semant l’effroi parmi la population. Que peuvent donc bien faire, en cette fin d’année, Sigismond et Salomé, cette dernière étant probablement déjà enceinte de Jean-Thiébaut, notre ancêtre ? Sont-ils d’ailleurs restés à Thann, sachant que la panique s’est emparée des habitants, et que de nombreux bourgeois ont fui ?

Les suédois entrent dans Thann le 1er janvier 1633, et imposent immédiatement une contribution de guerre exceptionnelle, ainsi que le rendu de toutes les armes. S’ils sont présents, ce qui est probable, Sigismond et Salomé vont devoir se serrer la ceinture, et envisager la faim. Le 27 février, les bourgeois de Thann sont tous, sans exception, appelés à prêter le serment de fidélité à la Couronne de Suède, à l’hôtel de ville. On l’a vu, nos ancêtres faisaient certainement partie de la bourgeoisie. Les choses se dégradent un peu plus quand le gros de l’armée quitte Thann, ne laissant derrière elle que des garnisons composées de soldats « ivres morts jour et nuit », et qui se comportent de façon « peu chrétienne et tyrannique », à l’exemple même de leurs officiers qui font pareil, et même de leur commandant qui exige des monceaux de victuailles et dix domestiques à son service quotidien !

Fin 1633, les autorités somment les réfugiés thannois, dans de nombreuses villes, à regagner Thann sous peine de confiscation de leurs biens. Sigismond et Salomé, eux, sont présents à Thann, et s’ils en sont partis ce ne dût pas être très longtemps, car Salomé met au monde un garçon dans le courant de l’année (la date précise manque). L’automne voit les suédois quittant la ville, chassés par les italiens et les espagnols, alors du côté de l’Autriche. Mais ce retour à la mère-patrie sera de courte durée, car les suédois ré-occupent Thann après la Bataille de Wattwiller, en mars 1634.

Paradoxe de l’époque, si la France est l’alliée du Roi de Suède, elle ne l’est pas des croyances religieuses de ces suédois, « ennemis de la foye catholique, apostolique et romaine ». Coupant l’herbe sous le pied des suédois (Richelieu entend bien s’approprier l’Alsace en signant des accords avec les villes alsaciennes au détriment des suédois), Thann passe sous protectorat français à l’issue d’une sombre nuit d’octobre 1634. Cette nuit là, 70 soldats suédois sont égorgés par les français. La ville est sommée de se rendre à la France, et elle n’hésite pas longtemps, les suédois ne l’entendant pas de cette oreille et menaçant leurs vies. Les conditions de la reddition ne sont pas trop mauvaises, et Thann est alors occupée entièrement par les français, qui font tout pour avoir de bonnes relations avec les habitants.

Hélas ! Si les français s’attirent les faveurs des thannois, les possesseurs en titre de l’Alsace, les Autrichiens, ne l’entendent pas de cette oreille. Thann est une fois de plus occupée, cette fois-ci par les Lorrains, alliés de l’Autriche. Cette occupation durera 4 longues années, les pires de la guerre pour les thannois.
La famine règne, les gens en étant même réduits à manger des racines et des plantes sauvages, et même, parfois, des cadavres. La population diminue à vue d’oeil, et le chaos s’installe. Sigismond et Salomé survivent pourtant, et réussissent à élever leur enfant, à le nourrir suffisamment pour qu’il ne meure pas. Peut-être d’ailleurs sera-til le seul enfant du couple à survivre.

La guerre continue toujours, et c’est dans ces conditions que nos ancêtres Ihler, qu’il s’agisse de Sigismond mais aussi de Jean-Jacques, vivent, jusqu’à ce qu’une issue se dessine. Au printemps 1639, la ville capitule enfin face aux français, le 3 mai exactement. Thann compte alors 102 bourgeois (dont nos Ihler), 5 nobles et 16 ecclésiastiques.
La vie reprend peu à peu, même si des troupes prenant leurs quartiers d’hiver circulent souvent à Thann, et que les contributions à la guerre restent lourdes. Car le conflit n’est pas terminé, il s’est juste éloigné.

Sigismond meurt à une date inconnue, en tout cas moins de vingt années après la fin du conflit.


Jean-Thiébaut Ihler
& Catherine Eberhart

Jean-Thiébaut Ihler est né, on l’a vu, en 1633. Son enfance a été troublée par la guerre, et on peut imaginer que pour résister aux privations, il était de solide constitution physique.
Il se marie rapidement, à l’âge de 23 ans (ce qui est, contrairement à ce qu’on pense aujourd’hui, plutôt jeune pour l’époque) avec une jeunette de 17 ans, Catherine Eberhart, fille du boulanger de Thann, Michel, né vers 1595, et de Barbara Steiner. La Guerre de Trente ans, il l’a à peine connue, car les soldats ne sévissent presque plus depuis 1639, alors qu’il n’a que six ans, et l’Alsace est devenue française depuis 1648, mettant un terme définitif à l’un des premiers conflits sinon mondial, du moins européen.
L’Alsace est donc française, mais les habitants n’en ressentent pas encore les effets, car les changements administratifs qui s’ensuivront vont être très lents, et ne changent rien à leur quotidien. Quant à la langue française, personne ne la parle encore et le patois allemand du sundgau a encore de beaux jours devant lui.

Jean Thiébaut était d’un bon niveau social, à l’instar de la plupart des Ihler, car le parrain de deux de ses fils, en 1659 et 1660, est le “Sieur Sigismond Gobel”, bourgmestre de Thann 25 ans plus tard (l’est-il déjà ?)
Jean Thiébaut et Catherine auront cinq enfants : Thiébaut, né en 1658, Sigismond l’année suivante, notre ancêtre, Jean Michel en 1660, Corneille en 1662 et Jean Georges en 1664. Ce qui suit n’est que supposition, mais plusieurs faits curieux m’ont permis d’en tirer cette conclusion : Catherine décède sans doute après la naissance de Jean Georges, car le couple n’appraît plus dans les registres. Par contre, au vu du nombre de Jean-Thiébaut présents qui naissent et se marient à Thann, il en est un qui, en 1666, épouse la fille du pelletier Wolfgang Guggenberger, Anne Marie.

Ce Jean-Thiébaut semble bien être le même que notre ancêtre, plusieurs éléments le laissent à penser : le mariage deux ans après la naissance de Jean Georges, une marraine, Lucrèce Munkh, que l’on trouve à la fois présente pour la naissance d’enfant du premier et deuxième mariage, et enfin la profession embrassée par deux de ses fils (Thiébaut du mariage avec Catherine Eberhard, Caspar du mariage avec Anne Marie Guggenberger), qui est la même que la sienne : boucher.

De ce second mariage supposé, Jean-Thiébaut aura quatre enfants : deux filles, toutes deux prénommées Marie Madeleine en 1667 et 1669 (la seconde « remplaçant » la première sans doute décédée en bas âge, cette coutume du prénom identique étant fréquente à cause de la mortalité infantile très élevée), Caspar, qui deviendra « boucher de grosses bêtes » et émigrera avec sa mère devenue veuve à Cernay, et François en 1673, « célibataire parti à l’étranger » (sachant que la notion d’étranger pouvait regrouper, en sus d’un autre pays, une simple région voisine !). Caspar aura une nombreuse descendance localisée à Cernay, dont un fils Rudolf, boucher, baumestre et conseiller de Cernay, François, teinturier, Joseph, cordonnier, Ursule qui épouse en secondes noces Conrad Lisch, meunier, bourgeois de Cernay comme ses beaux-frères, et qui plus est neveu de Jacobé Lotz, notre anc^être (voir plus loin).

Cette parenthèse fermée, revenons-en à notre Jean-Thiébaut. Il était boucher, c’est à dire qu’à l’instar de son beau-père Michel Eberhart, boulanger, il exerçait une profession artisanale certes, mais d’une importance certaine pour une communauté comme Thann.
A l’époque, celui qui exerçait ce genre de métiers était connu de tous, et bénéficiait à ce titre d’un certain respect, d’autant plus que son métier était essentiel : il nourrissait les habitants.

En 1673, un événement va marquer les esprits de la petite comunauté thannoise. Le château de l’Engelbourg, qui surplombe la ville depuis des siècles, mais qui est en piteux état depuis longtemps, est démoli sur ordre de Louis XIV en 1673, au grand dam des habitants.
A la première mine qui explose, la maison et les dépendances s’effondrent ; à la seconde, c’est la tour qui chancelle, avant de choir à la troisième, et de se briser en plusieurs morceaux qu’on peut voir encore aujourd’hui. L’un de ces morceaux, tronçon annulaire du beffroi, reste curieusement debout sur sa tranche, tel un oeil surveillant du haut de sa colline les thannois, qui lui donneront le nom de « L’oeil de la sorcière ».

Jean Thiébaut meurt assez jeune, puisque sa seconde femme, Anne Marie Guggenberger, se remarie en 1677 avec Conrad Fautsch, conseiller à Cernay. Il n’avait donc pas encore atteint la cinquantaine, et guère eu le temps de voir grandir ses enfants.


Sigismond Ihler
& Anne “Jacobé” Lotz

C’est le 14 juin de l’an de grâce 1659 que vient au monde Sigismond Ihler.
Dans quelles conditions voit-il le jour ? On l’a vu, le Sundgau est depuis peu français, et en 1655 a été affiché sur la porte de la ville le texte suivant : « Dis jahr ist Thann frantzösisch worden » (cette année Thann est devenue française).
Les Ihler sont bien connus à Thann, et Sigismond fait partie, comme le reste de sa famille, des artisans en vue de la petite ville. Il est d’ailleurs cité rapidement comme bourgeois de Thann, ce qui indique la bonne condition sociale dont il jouit.

Le 15 mai 1684, il épouse une jeune fille de dix-huit ans, issue comme lui d’une famille aisée de Thann : Anne “Jacobé” Lotz, fille de Jean-Jacques Lotz, boulanger de Thann et d’Anne Marie Kobler.
Lors du mariage, l’un des témoins est son parrain, Sigismond Gobel, l’un des deux bourgmestres de la ville (l’autorité du bourgmestre est directement soumise à celle du bailli, personnage tout puissant), ce qui confirme leur bon niveau social.

Pour tout jeune couple qui s’installe, il faut une maison digne de ce nom. En septembre, Sigismond achète donc au bourgeois de Thann Mathieu Rost, pour la somme de 900 LBS (livres bâloises) une maison sise “in den Forderen gassen”. S’agit-il de leur nid d’amour, ou déjà d’opération immobilière lucrative ? La première solution semble la plus plausible.
Sigismond exerce le même métier que son beau-père (c’est d’ailleurs pour cela qu’il épouse sa fille, car on n’épouse pas une fille d’un milieu différent) : il est boulanger, et il mérite même le titre de “boulanger de pain blanc”. Sous-entendu, de pain de qualité, car à l’époque le pain du peuple est bien souvent une galette noirâtre sans goût, dans laquelle le seigle remplace le blé, et additionnée de fèves ou autres noisettes.
La profession du père est transmise en règle générale au fils aîné, les cadets prenant ce qui reste. Le cas se vérifie ici, Thiébaut fils devenant boucher comme son père, Sigismond deuxième fils prenant une profession proche du milieu familial, c’est-à-dire celle de son grand-père maternel.

La profession de boulanger, comme celle de boucher d’ailleurs, est soumise à des règles strictes, et la corporation des boulangers est alors toute puissante. Sigismond est donc, à juste titre, un des personnages-clé de l’économie Thannoise.

En 1697, il s’oblige devant notaire à verser 90 LBS à la fondation de l’abbé Wagner. En garantie, il fournit des vignes situées au rangen. Cela est sans doute une preuve de sa chrétienté et de sa volonté de servir le catholicisme, religion primordiale dans la vie de tout un chacun.

Le 13 février 1698, Sigismond, avec accord de son épouse Jacobé Lotz, donne à Michaël Meyer, bourgeois et boucher de petites bêtes à Thann, des prés sis au-dessus du moulin “der Walckhen bey der brückhlin Thanner bans gelegen ein seit dem mühlen Teüch, anderseit det Stross, oben spittz sich aus auff die strass un Teüch, unden auf das brüchlin”, en échange d’une maison que celui-ci lui a donnée en 1696. Ces prés appartenaient donc à l’origine à la famille de Jacobé et ont sans doute fait partie de sa dot. S’agissait-il, là encore, d’une opération immobilière, ou d’un changement de résidence ? Par ailleurs, Sigismond contracte aussi des dettes, il est ainsi le débiteur de Jean Thiébaut Rauch, un bourgeois de Steinbach, en 1710.

Sigismond Ihler et Jacobé Lotz eurent treize enfants, dont sept contractèrent mariage (trois parmi les non-mariés moururent en bas âge, un, Jean-Michel, était aveugle à l’âge de 24 ans et ne s’est à priori pas marié, je ne sais rien sur les deux autres, Madeleine et Jean Adam).
Parmi les mariés, cinq eurent une descendance :
- Anne-Marie (1685-1728), épouse du boucher François Bourselet (ou Bursalet), 7 enfants dont au moins deux décédés en bas-âge,
- Jean-Thiébaut, boulanger de pain blanc (1688-1768), grand-père des Généraux Ihler (voir annexe 1), époux de Marie Anne Schott, 10 enfants dont seulement trois se marièrent (deux devinrent frères capucins),
- Marie Catherine (1693-après 1735), épouse de Jean Thiébaut Bur, boulanger de pain blanc, 5 enfants dont un décédé en bas-âge,
- Michel Bernard (1695-après 1775), conseiller au Magistrat de Thann.
Le magistrat est l’organisme qui gère les affaires de la ville, conjointement avec le bailli, assisté du procureur fiscal et du greffier, ce bailli étant directement noté par le seigneur (l’un des baillis fut Jean Jacques Munckh, certainement un parent de Lucrèce Munkh marraine de deux Ihler). Ceux-ci gèrent les affaires de la seigneurie, composée de plusieurs villages.
Les membres du Magistrat, eux, ne s’occupent que de leur village. Celui-ci est formé de deux corps : le conseil, et le tribunal.
Dans le Conseil, où officie Michel Bernard, on trouve deux bourgmestres (rappelons que Sigismond Gobel fut parrain de « notre » Sigismond), élus par la population, chacun dirigeant à son tour cinq à huit conseillers, recrutés parmi les bourgeois de la ville, élus en cooptation à chaque décès de l’un d’entre eux, chacun de ses bourgeois devant faire partie des corporations suivantes : tailleurs, bouchers, forgerons et vignerons. Ils sont nommés à vie.
Le Tribunal, lui, a perdu toute son importance et n’exerce qu’une fonction de première instance, tous les appels ayant lieu au Conseil Souverain d’Alsace, ultime juge en matière de procès. De ce dernier firent partie quelques collatéraux de nos ancêtres, les Schwendt ou les Burner par exemple (voir chapitre les concernant).
Michel Bernard fut en premières noces
marié à Marie Jacobé Mäges puis en secondes à Marie Agathe Liethard, et eût quinze enfants dont cinq décédés en bas-âge.

- Jean Jacques (1703-?), boulanger de pain blanc, marié avec Marie-Ursule Zeltner, fille de notre ancêtre Adam, tisserand (deux autres filles épouseront nos ancêtres), à priori sans descendance,
- Sigismond (1707-après 1757), qui comme son cousin entama une carrière militaire, époux de Marie Madeleine Brobeck puis Catherine Kraft, dix enfants au total
- François Joseph, notre ancêtre (voir plus loin).

On connaît quelques épisodes de la vie de Jean-Thiébaut, Michel Bernard et Sigismond :
Jean-Thiébaut et Marie Anne Schott fêtèrent leurs noces d’or en l’église de Thann, le 20 avril 1763. Leurs fils, le commandant Jean Thiébaut Ihler, le Père capucin Armand Ihler, étaient témoins à ces noces. Le couple fut béni par un autre de leurs enfants, le second Père capucin, Balthasar Ihler. A cette belle cérémonie figurait également Agathe, sa fille, épouse d’un monsieur Jean-Christophe Reichmann, et sans doute bon nombre de membres de la famille Ihler, oncles, tantes, cousins et cousines, neveux et nièces, et sans doute aussi nos ancêtres directs.

En tant que conseiller de la ville de Thann, Michel Bernard avait un rôle essentiel dans la vie de ses concitoyens. En 1772, las de ses fonctions (il a 83 ans !), il accepte, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, de céder sa charge à un immigrant Suisse italien, François Chicherio, disposant de gros revenus grâce à ses possessions terriennes et immobilières. Pour cela, Michel Bernard doit présenter sa démission à l’intendant, mais le Magistrat réagit vigoureusement, arguant que Chicherio n’a pas encore reçu ses lettres de naturalisation, et que Ihler n’est intéressé dans cette affaire que par cet argent. Si l’intendant accepte la démission de Michel Bernard, le Magistrat sera doublé dans son droit de libre élection des conseillers. L’intendant déboute donc Ihler de sa demande, et Michel Bernard reste conseiller.
Toutefois, on l’autorise à ne plus siéger lors des conseils, ce qui revient à transformer sa charge en une charge purement honorifique. Ironie de l’histoire, un petit neveu de Michel Bernard, Jean Baptiste Gschwind (fils de Catherine Ihler, petit-fils de François), épousera une Chicherio descendant de ce même marchand, scellant ainsi un contrat qui n’avait pu se conclure plusieurs décennies auparavant...

Sigismond (numéro 3, serait-on tenté de dire) avait échappé de la mémoire des thannois d’aujourd’hui. C’est grâce à la recherche effectuée par la femme de Gérard Ihler (l’un de mes cousins, descendant d’Adolphe Ihler dont nous parlerons plus loin), Monique Minault, aux archives nationales, que l’on peut connaître sa descendance. Moins reconnu que son cousin, il commença par être employé comme officier, dans les troupes de la Reine de Hongrie. Son troisième fils Sigismond (numéro 4), né en 1735, suivit les traces de ses cousins issus de germain Alexandre et Louis Thiébaut (voir annexe les concernant), et partit rejoindre le régiment de Bouillon, dont le capitaine était Jean-Thiébaut Ihler. Il y fut employé comme lieutenant. Pour une raison sans doute militaire, on le retrouve à Saint-Pierre, en Martinique, en 1770, où il épouse Victoire Rose Richer. Il décèdera là-bas en 1814, après avoir donné la vie a au moins trois enfants : Jacobine, Sigismond, une fille épouse d’un monsieur Lemaistre. On ne trouve pas de Ihler en Martinique aujourd’hui, mais une multitude de Hilaire et de Saint-Hilaire. Y a t-il un rapport avec notre Ihler émigré ? On peut le penser, car un Jules Ihler De Saint-Hilaire, né en 1834 à Saint-Pierre, figure dans les archives des titulaires de la légion d'honneur. Il ne peut logiquement qu’être un descendant de notre Sigismond, fils de Sigismond et petit-fils de Sigismond, notre ancêtre.

On l’a vu, ce dernier eût de nombreux enfants : la fécondité était très élevée à l’époque, d’autant qu’il n’y avait évidemment pas de moyens de contraception, et que personne ne songeait à avorter de toute façon. Avoir des enfants en nombre était la chose la plus naturelle qu’il soit, même si la moitié ou plus ne devait souvent pas atteindre l’âge de dix ans. Or donc, Sigismond et Jacobé (qui devait comme nombre de ses consoeurs passer le plus clair de sa vie à être enceinte) eurent des enfants à intervalles réguliers, de 1685 jusqu’en 1710. Sigismond avait 51 ans, et Jacobé 45, lors de la naissance de leur dernier enfant.

Sigismond s’éteint à Thann le 4 août 1724, de « mort subite ». Ce terme désigne sans doute une attaque cardiaque ou une embolie. Cette mention de la cause du décès, plutôt inhabituelle dans les registres paroissiaux, permet en tout cas d’affirmer que son décès n’était absolument pas prévisible parmi son entourage, et qu’il causa à tout le monde un certain choc.
Jacobé quant à elle meurt quatre années plus tard, le 18 décembre 1728. La vie du couple s’est passée sans doute sans trop de heurts, car Thann et l’Alsace ont enfin connu une période de paix. A leur mort, la prospérité de ses habitants renaît, le village se repeuple, et l’administration française, même si la langue est toujours inconnue, réussit à se faire accepter par la population. Sans doute, Sigismond et Jacobé ont comme les autres essayé d’augmenter sans cesse leur niveau de vie, et y sont arrivés plutôt bien.

On apprend que lors de leur décès, les époux étaient domiciliés dans l’actuelle Grande rue, entre la “Zwerchgässlein” et la maison de Joseph Hurth, bourgeois de Thann et sellier, et devant la « gemälten Gässelein » ; derrière la maison, c’est la Rue aux Boeufs.
Ces indications permettent de situer aujourd’hui cette maison comme étant celle du “studio Jean-Paul”, au 21, rue de la Première Armée.
Le couple avait de nombreux biens, et le très important inventaire qui en fut fait nous apprend pour l’anecdote qu’il possédait un “plat en porcelaine”, un “vieux plat de mode ancienne”, etc, et surtout de nombreux fûts de toutes tailles, et de nombreux “ohmen” de vin, production de leurs vignobles.

“François” Joseph Ihler
& Elisabeth Jüdlin

Petit dernier d’une nombreuse progéniture, François Ihler n’eût sans doute aucun souci à se faire pour son avenir. Grâce bien sûr à la situation de son père, bourgeois en vue, et à celle de ses frères et soeurs, de condition sociale non moins aisée. Les places de boulangers étant déjà occupées par ses frères Jean Thiébaut (son aîné de 22 années !) et Jean Jacques (1703-1746), François devient maître sellier, une place d’importance également dans la communauté villageoise. Le qualificatif de “maître” indique que son statut était plus élevé que les autres, simples selliers. Pour devenir “maître”, il fallait pendant de nombreuses années subir un apprentissage difficile, sanctionné par une “oeuvre” ce qui n’était pas permis à tous.
En 1733, François épouse Catherine Zeltner, une jeune veuve, (dont la soeur Marguerite est notre ancêtre : voir chapitres Zeltner et Fidelis, et dont une autre soeur, Marie Ursule, épousa son frère Jean Jacques) avec laquelle il aura un fils, François Thiébaut. Le mariage sera de courte durée, car Catherine meurt trois années plus tard, quatre ans avant le petit François Thiébaut...
Moins de 4 mois après la mort de sa femme, François se remarie avec Marie Anne Winckler. La chose était coutumière à l’époque, et la douleur liée à la perte de l’être cher ne nécessitait pas comme aujourd’hui, une durée de veuvage longue voire définitive : cela ne choquait personne.
Le couple eût quatre enfants, dont trois n’atteignirent pas l’âge de deux ans. Le survivant, Thiébaut Antoine, né en 1739, épousa Anne-Marie Ruppé en 1763. Il deviendra tanneur puis garde-forestier, en prenant la suite, peu avant la Révolution, de ses collègues impliqués dans des détournements de fond.
Mais notre pauvre François n’avait pas vraiment de chance. Les temps étaient durs, et Marie Anne Winckler décède elle aussi prématurément, quelque part entre 1741 et 1750.
Heureusement pour nous, François se remarie une troisième fois, le 26 avril 1750 (il a 40 ans), avec celle qui devint notre aïeule, Elisabeth Jüdlin, née en 1732 et donc seulement âgée de 18 ans. Elle est la fille de Melchior Jüdlin, bourgeois de Thann, et Elisabeth Tschann, ou Tschaen.

signature et armes de François Ihler (reproduction)

L’année de son mariage, il est dit que François, l’époux de Marie Anne Winckler (cette information provient de l’inventaire après décès de Marie Anne) habite dans la Grand Rue (aujourd’hui Rue de la Première Armée), à côté de chez Jean Bechelin et Bernard Hurt. Derrière sa maison, la rue aux Boeufs (aujourd’hui rue Gerthoffer). S’agit-il de la même maison que celle où vivait son père ? En tout cas, il s’agit de la même rue.
En 1778, François et toute sa grande famille, comme nombre de Thannois, dut avoir très peur : « à huit heures du soir, la terreur était universelle, indescriptible et les lamentations plus grandes que le Vendredi-Saint à Ténèbres », écrivait le curé François-Joseph Hug. En effet, ce jour du 25 octobre, la rivière de la Thur, habituellement calme, enfle démesurément à cause de pluies incessantes depuis 48 heures. D’un seul coup, l’irrémédiable arrive, et la Thur sort de son lit : les maisons s’écroulent (14 sont emportées, dont la vieille maison, fierté des thannois où se tiennent les séances du Magistrat), les flots tumultueux déracinent les arbres, aucun pont ne résistera, pas m
ême ceux en pierre, et toutes les vignes et jardins se transforment en champs de boue, le désastre économique succédant au désastre humain...

Nos ancêtres eurent quatorze enfants, et tous ces enfants étaient encore vivants quand François avait 70 ans, c’est à dire en 1780 (d’après une copie de copie de document retrouvée chez Jacques Bobillier : le premier copiste était Antoine Weingand en 1875, le second Emilie Ihler (voir plus loin) en 1905. Je ne sais pas qui avait rédigé l’original, en 1780).

- L’aînée, Elisabeth (1751-entre 1791 et 1799), épouse de Thiébaut Hug, boulanger et aubergiste,
- François Joseph (1753-après 1810), qui succéda à son père en tant que maître-sellier, et épousa Justine Kuenemann, petite-fille de notre ancêtre Martin
- Marguerite (1754-1804), épouse de Jean Nusbaum ou Nusbaumer, établie à Wattwiller
- Anne Marie (1757-1817), épouse du tonnelier Michel Fidelis, dont la soeur Elisabeth est notre ancêtre (elle est le mère de Jean Willig, petit-fils de Catherine) : voir chapitres Willig et Fidelis.
- Thiébaut (1758-après 1810), marchand
- Catherine (1760-après 1819) épouse du fondeur de métal et d’or Michel Gschwind, nos ancêtres,
- Jean (1762-après 1803), qui devint curé et officia en tant qu’instituteur,
- Walbourg (c’est un prénom féminin, 1764-?), épouse de Joseph Belsung, couple émigré par la suite à Willer,
- Madeleine (1765-après 1786), épouse du menuisier (ou charpentier) Henri Seitz,
- Sébastien (1767-?), à priori émigré à Ferney-Voltaire, dans l’Ain à la frontière Suisse, ville ou vécut peu avant lui le célèbre Voltaire,
- Emilie (1768-après 1806), épouse d’un nommé Jean Steger,
- Christine (1770-après 1805), épouse du sieur Antoine Seitz, propriétaire et tourneur, frère du précédent,
- Melchior (1772-après 1822), tailleur de profession, probablement est-ce lui dont la fille Charlotte, née à Dijon, se marie à Thann en 1822, qui aurait ainsi épousé une Marie Cromarey,
- et enfin Balthazar, né le 15 février 1773, notre ancêtre lui aussi.
(notons les prénoms des deux derniers enfants !)

On conna^ît quelques éléments concernant tous ces enfants, et notamment que leur descendance continue encore aujourd’hui : D’Anne-Marie, Marie Hildenbrand, née en 1911, dont la mère lui montrait étant enfant la maison des Ihler, désormais loin de Thann.
De Marguerite, Philippe Nusbaumer, que j’ai rencontré, qui vit près de Paris,
De Madeleine, mais aussi de sa soeur Marguerite, un monsieur Seitz qui habite Anglet, près de Bordeaux,
de Balthazar et Catherine, moi-même et toutes les personnes dont il est question dans l’annexe consacrée aux vivants, ainsi que madame Besancenot épouse Rémond,
Rajoutons que de François Joseph junior, descendent deux maires de Thann : son fils François Joseph (1782-1858), maire de 1834 à 1842, et son arrière-petit fils Xavier Fluhr (1850-1923) maire de 1902 à 1907,
Et enfin de Christine, Joséphine Durwell dont l’époux était Antoine Weingand.

On sait aussi un peu quelle fut la vie de Jean, le curé, qui eût à traverser la Révolution à une époque on ne peut plus difficile pour les milieux ecclésiastiques. Jean Ihler fut d’abord chanoine régulier du collège Saint-Louis à Metz. Puis il prêta serment lorsque advint la Révolution et que les curés durent choisir entre remettre leur tablier ou prêter serment à la constitution civile du clergé. Une minorité seulement le fit, car c’était le seul moyen de poursuivre leur mission “divine”. La majorité refusa, car pour eux la seule autorité à laquelle ils consentaient d’obéir était Dieu et non l’Assemblée Constituante. Ces derniers furent persécutés pour la plupart. Donc, lorsque Jean Ihler prête serment, il est curé à Pfaffenheim. Il ne le restera pas longtemps, car il rétracte son serment, et, sans doute, démissionne de ses fonction ecclésiastiques.

On le retrouve ensuite dirigeant l’un des deux modestes établissements scolaires de Thann, où il est revenu, en 1803. Les deux écoles étant regroupées par arrêté gouvernemental en un seul établissement secondaire, Jean Ihler quitte à nouveau Thann, pour retrouver ses fonctions de curé, cette fois-ci à Traubach.

François, avant de quitter ce monde, verra encore sa troisième femme le précéder dans l’au-delà (elle meurt en 1782). Mais cette fois-ci, il ne se remariera pas ! Il meurt à Thann, le 17 janvier 1796, à l’âge vénérable de 85 ans.

La superbe façade de la maison de Marie Hildenbrand, à Thann

Catherine Ihler
& Jean “Michel” Gschwind

Catherine Ihler était la soeur de Balthazard. Sa petite-fille épousa un fils de Balthazar, ainsi son arrière-petit fils était également le petit-fils de son frère ! La concernant précisément, je n’ai pas de détails particuliers : voir chapitre sur les Gschwind.

Balthazar Ihler
& Anne-Marie Freyburger

Tout comme son père, Balthazar était le dernier de nombreux enfants, né sur le tard. Lorsque François naquit, son père Sigismond avait 50 ans. Lorsque Balthazar naquit, François en avait plus de 60 !
Balthazar voit donc le jour un 15 février, en l’an 1773. Louis XV est Roi de France, mais seulement pour quelques mois encore. Thann, qui s’est bien repeuplée, compte alors 2600 habitants, et en gagnera plus de 1000 encore jusqu’à la Révolution.
Balthazar, on l’imagine, est comme son père bien entouré : nombreux frères et soeurs, tous plus âgés, certains ayant sans doute des enfants de son âge, une multitude de cousins, dont les moindres ne sont-ils pas les fameux généraux Ihler (voir annexe 1), et des parents ayant une excellente condition sociale.
Mais cette condition sociale, ce statut de privilégié, héréditaire de père en fils, Balthazar va être le premier à devoir l’oublier.

En effet, même si les Ihler, jusqu’au XXème siècle, n’ont jamais fait partie des classes prolétariennes, n’ont jamais quitté le milieu d’une certaine bourgeoisie aisée, ils ont dû apprendre, comme les autres, à se battre pour conserver leur statut social. Le changement, c’est bien entendu la Révolution qui l’apporta dans son souffle dévastateur. Balthazar n’avait que 16 ans en 1789, 21 pendant la Terreur, et il était sans doute déjà entré dans la vie active pendant ces époques incertaines.

La boulangerie était une fonction primordiale de la vie en communauté, depuis toujours. A ce titre, elle avait toujours été très réglementée (aujourd’hui encore, les boulangers n’ont pas le champ libre, par exemple à Paris, c’est la mairie qui impose les périodes de congés). Corporation puissante donc, la boulangerie avait toujours des velléités de “résistance” aux ordres établis.

On peut ainsi lire en 1780 l’ordre donné par le Magistrat aux boulangers de ne pas « cuire des gâteaux et autres bâtés (sic) dans lesquels entrent des oeufs et du beurre », suite à la crise engendrée par de mauvaises récoltes aussitôt suivies de récoltes surabondantes, engendrant une augmentation insensée des produits laitiers. Jacques Baumann, dans son ouvrage sur l’histoire de Thann, explique que « les boulangers sont des gens particulièrement indisciplinés. Ils ne laissent même pas le temps aux marchands d’introduire leurs produits en ville, courant au devant d’eux et achetant les denrées à tous prix.

Et ce n’est pas la Révolution Française qui permit aux boulangers de se sentir plus libres. C’est donc dans un contexte très troublé que Balthazar dût effectuer son métier. Mais faisons une parenthèse pour laisser parler Louis-Sébastien Mercier, chroniqueur de son temps, futur conventionnel, qui fit un splendide “Tableau de Paris”, juste avant la Révolution Française :

Extrait du chapitre “panification”

“Les boulangers, après leurs travaux, sont sur le pas de leurs portes, à peu près nus comme des modèles d’académie ; ils sont blafards, enfarinés, et n’ont pas le visage rouge des bouchers ; leur métier est plus malsain : il faut les récompenser par quelque estime de ce qu’ils perdent en santé dans des travaux assujettissants et plus rudes qu’on ne le pense. Après avoir fait le pain, ils le portent dans les maisons, avec des tailles en main, qui sont des petits morceaux de bois où ils gravent la quantité de pains qu’ils délivrent : cet usage presque universel est de la plus haute Antiquité, et précède peut-être l’écriture ; ce sont les quipos de notre hémisphère. (...) Nos boulangers ne vendent point à faux poids. Comme on leur a assuré un gain légitime, ils servent le pauvre avec une scrupuleuse équité et une louable exactitude : leur boutique est ouverte à toute heure, et ils font exception à la loi des dimanches et fêtes. Quand le bois est rare dans les chantiers, ils ont le privilège d’être servis avant tous les autres ; car il faut que le four chauffe avant toute marmite.”

Ainsi, en 1793 (est-il déjà installé en tant que boulanger ou n’est-il encore qu’un apprenti ?), l’effort de guerre, qui entraîne réquisitions sur réquisitions, saigne à blanc le peuple, et provoque une terrible crise du ravitaillement. La municipalité de Thann estime qu’il faut 350 à 400 sacs de blé pour nourrir la population, mais au mois de juin n’arrivent que 200 sacs, et en novembre seulement 8. Pendant ce temps, “1500 personnes entourent la halle aux blés en criant famine”. Pour palier à la crise, on interdit aux boulangers de faire et vendre les “butterbrod” (litt. pain au beurre) et “milchbrod” (pain au lait). Sébastien Mercier nous permet de comprendre pourquoi :

“Les petits pains enlèvent malheureusement la meilleure farine qui, bien tamisée, est perdue pour le pain ordinaire : on les fait aussi avec plus de soin. Je voudrais bien qu’il n’y eût qu’une seule panification. Le pain mollet, ^parce qu’on le paye un peu plus cher avec sa croûte ferme et dorée, semble insulter à la miche du Limousin. Quoi ! encore des livrées destructives parmi les pains nourriciers ! Le beau pain mollet à l’air d’un noble parmi les roturiers ; il va descendre dans des estomacs de qualité : la présidente, la duchesse et la marquise ne veulent tâter que de celui-là ; elles regardent le pain de pâte ferme comme si c’était du foin.”

Le boulanger Thiébaut Muller est arrêté et traduit devant le juge de paix comme “aristocrate et ennemi du peuple” pour avoir refusé de vendre du pain alors qu’il en avait caché en même temps que des grains. Les accapareurs de denrées et autres agioteurs sont dans le colimateur, et on imagine bien que Balthazar, plus peut-être que ses concitoyens devait traverser des jours difficiles. Et s’il ne vivait pas encore de son activité, il gardera certainement toute sa vie le souvenir de la disette et du climat de terreur instauré mi-93 jusqu’en août 1794.

Car Vorle Fourcade, le nouveau maire, n’hésite pas à faire emprisonner le moindre suspect, avec, en tête, les citoyens nobles bien sûr -les ci-devants, mais aussi les plus aisés, les nantis... les Ihler en faisaient-ils partie ?
En tous cas, ils devaient tous être dans leurs petits souliers, et s’ils n’avaient pas choisi le camp des révolutionnaires les plus ardents, essayer de se faire les plus discrets possibles. Il est à noter cependant que l’un des personnages-clé de la Révolution à Thann, révolutionnaire de la première heure, Nicolas Marandet, Directeur des salines royales de Thann, était l’époux d’une Ihler, Marie Josèphe Emilienne, soeur des célèbres généraux. Eux-mêmes, d’ailleurs, étaient gages de sûreté, la meilleure assurance que l’on puisse avoir quant aux idées de la famille Ihler, qu’il s’agisse de famille directe ou de cousins, comme Balthazar.
La Révolution terminée, Balthazar peut convoler en justes noces en toute quiétude, et assurer la descendance Ihler dans les meilleures conditions. Il était temps, car il est déjà âgé de 31 ans. Il épouse la fille d’une vieille famille de Thann, Anne-Marie Freyburger, plus âgée que lui de deux années. Bien entendu, ce mariage ne devait guère être un mariage d’amour, car Anne-Marie est la fille de Antoine Freyburger... boulanger de pain blanc de son état !
Mais qu’importe : le couple vivra toute sa vie ensemble, chrétiennement, et espérons-le pour eux, dans le bonheur le plus total.
Le premier enfant du couple, Anne-Marie, naît en 1807. Celle-ci épousera un Joseph Hauss, dont la fille épousera un François Ernst, sellier. Leur famille restera en contact avec la nôtre jusqu’au début du XXème siècle.
Suit un garçon en 1808, qui prend le prénom de son père : Balthazar (comme d’ailleurs sa soeur avait pris le prénom de sa mère). Près de 200 années plus tard, sans le savoir sans doute, Balthazar perpétue la tradition Ihler, celle d’être connu de tous les habitants de la ville : il devient boulanger et aubergiste. Il se marie deux fois : la première avec Catherine Willien, qui meurt avant d’avoir pu lui donner un enfant, puis avec Marie Anne Beck en 1845. Avec elle il aura au moins une fille, Marie-Françoise, qui épouse le Joseph Prosper Edel (sans doute est-ce ce dernier qui fonde à Thann la minoterie « Ihler / Edel », le Ihler en question étant un cousin très éloigné de notre famille, dont j’ai retrouvé les descendants, mais pas l’ancêtre commun.)
Trois années plus tard, le 29 mars 1811, c’est la naissance de François “Gustave”, notre ancêtre.
Viennent ensuite une autre fille, également prénommée Anne-Marie, qui naît en 1813, et qui épousera un monsieur Jean-Claude Zeltner originaire de Besançon (sans rapport avec « nos » Zeltner à priori), pour lesquels je ne sais rien de plus et un dernier enfant, un garçon mort-né, en 1817.

C’est peu de temps après la naissance d’Anne-Marie “numéro 2” que les Ihler auront à subir de nouveaux troubles. La fin de l’ère Napoléonienne est proche, et les premières armées étrangères entrent en France, au travers de frontières mal défendues. Le 21 décembre 1813, des soldats hongrois traversent le Rhin et pénètrent en Alsace. Le 26, ils entrent dans Thann : hongrois, mais aussi russes, cosaques, autrichiens, bavarois, etc. Ils obligent les habitants à les héberger et à les nourrir, les réquisitions sont légion, y compris en monnaies sonnantes et trébuchantes. Le siège durera 113 jours, une éternité pour les habitants de Thann... L’arrivée au pouvoir de Louis XVIII, qui rassure les puissances étrangères par son appartenance aux Bourbons déchus, sauve l’Alsace, Thann et les Ihler d’un retour sous la houlette prussienne.

Balthazar et sa famille auront donc connu successivement le régime de la monarchie avec Louis XVI, la Révolution avec ses horreurs et ses bienfaits, le directoire, le consulat, l’Empire de Napoléon et ses levées en masse d’hommes jeunes, le retour des Bourbons avec Louis XVIII puis son frère Charles X, et enfin le “prince-président” Louis-Philippe... une vie fertile en évènements !

Balthazar décède à l’âge plutôt jeune de 62 ans, en 1835, à Thann qu’il n’a pas quitté. Sa femme mourra quelques années après, en 1841, juste à temps pour avoir vu naître son petit-fils, notre trisaïeul Adolphe Ihler.


François “Gustave” Ihler
& Catherine Willig

François “Gustave” Ihler naît le 29 mars 1811. Il a le privilège d’être un Ihler, famille que tout le monde, désormais, connaît bien, et même au delà des limites de la ville. Aussi, pour lui comme d’ailleurs pour ses aïeux, la situation ne sera guère difficile. Il bénéficie sans doute d’études, et peut fonder une (petite ?) fabrique de chandelles et de savon, deux activités somme toutes très proches au vu des éléments qui entrent dans la composition des deux produits. La récente installation de l’usine de produits chimiques de Thann, qui fonctionne toujours aujourd’hui, est sans doute la cause de son choix de métier. En tous les cas, ce choix n’est pas dû au hasard, Gustave a même été perspicace. Le XIXème siècle se veut propre et sain, on se lave désormais tous les jours, et le savon est devenu une denrée nécessaire. Quant à la chandelle, bien entendu, elle est l’élément de vie principal, car elle fournit la lumière. Le gaz, ce n’est pas pour tout de suite, et l’électricité, personne n’en a jamais entendu parler. Sans doute, son entreprise obtiendra t-elle un bon rendement, lui assurant une vie prospère et sans soucis.

A gauche : Gustave Ihler

A droite : Catherine Willig
Gustave épouse le 6 novembre 1837 Catherine Willig. Celle-ci n’est autre que sa cousine ! Ou plutôt, elle est la petite fille de sa tante, Catherine Ihler. Plus âgée que son frère Balthazar, Catherine Ihler avait épousé Michel Gschwind, bourgeois de Thann. Le couple avait eu une fille, elle aussi prénommée Catherine, qui avait épousé Jean Willig, et donné naissance à une troisième Catherine... Cet exemple de consanguinité, parmi tant d’autres, permet d’imaginer les liens très forts qui pouvaient exister à une époque où les familles, de génération en génération, unissaient leurs efforts dans le maintien de leur statut social. L’arrivée des transports modernes, la rupture de la première guerre mondiale dans les mentalités, ont bani à jamais ce monde qui fonctionnait ainsi depuis des siècles, et que les grands-parents de nos grands-parents avaient toujours connu.

Or donc, ce jour de 1837, leur union est consacrée. Le maire qui enregistre l’acte se nomme François Joseph Ihler. Il s’agit, on l’a vu, d’un cousin germain de Gustave, fils du couple Ihler / Kuenemann. Quant à l’adjoint au maire, il n’est autre que Jean Willig, le père de la jeune mariée ! Lui aussi, d’ailleurs, deviendra maire de la ville de Thann quelques années plus tard. Ce mariage était donc, on peut le dire, une véritable affaire de famille !

Les témoins du mariage sont Joseph Willig, tonnelier, Thiébaut Willig, coutelier, oncles maternels de Catherine, Xavier Gschwind, aubergiste, oncle paternel de Catherine (est-ce dans son auberge que les convives fêteront le repas de noces ?), et Antoine Seitz, “propriétaire”, grand-oncle de Gustave car époux d’une soeur de Balthazard, Christine.

Le premier enfant du couple naît en 1840. Il se nomme Adolphe, et deviendra mon arrière-arrière grand-père. Ses deux soeurs Emilie puis Gustavine naîtront respectivement en 1842 et 1843, toujours à Thann. Enfin, ses deux frères cadets : Léon, en 1845, et Jules, un peu plus tard (s’agit-il d’un “accident” ?) en 1854. Gustave exerce toujours la même profession à chaque naissance, Catherine, bien sûr, élève les enfants.
En 1848, éclate une nouvelle révolution, et Louis-Philippe abdique, laissant la place à Napoléon Bonaparte, qui pour l’instant instaure la République, avant de se dire qu’être couronné n’est pas si mal, et de se faire appeler Napoléon III, quatre années plus tard. A Thann, cela ne fera pas énormément de remous : quelques manifestations de joie qui se transforment en émeutes sans danger d’ouvriers cherchant à pénétrer dans les maisons de personnes riches (y compris celle des Ihler ?), et surtout un changement de personnel complet à la mairie. Cependant, le chomâge fait rage, la crise économique, héritée du régime déchu, n’ayant pas été enrayée d’un seul coup. Gustave emploit-il des salariés ? Sans doute. Combien ? Ceux-ci sont-ils aussi touchés par le chomâge ? Gustave est-il un “bon” patron, autant qu’on puisse considérer le terme à une époque où les journées durent douze heures, et qu’on travaille souvent le dimanche, sans sécurité sociale, sans caisses de retraite, sans syndicats, sans même des lois sur les conditions de Travail...
Lors des élections décidant du retour de l’Empire et du couronnement de Napoléon, la quasi-totalité des votants se prononce en faveur du “oui”. Désormais, Thann n’en a plus que pour 20 années à demeurer française...
En juillet 1870, la ville de Thann est secouée par une crise sociale d’une ampleur sans précédent : partout les ouvriers arrêtent le travail, et réclament la journée de onze heures, en plus d’une augmentation des salaires : Gustave est âgé de 59 ans, et il dirige encore sans doute sa fabrique. Accordera t-il à ses employés ce qu’ils demandent ?
Gustave et Catherine vivront deux ans plus tard ce qui a dû apparaître pour beaucoup comme un véritable cauchemar : la guerre éclair de 1870 est terminée, et l’Allemagne, grand vainqueur, décide de reprendre l’Alsace et la Lorraine. Thann est à nouveau envahi, sans heurts cette fois, mais la ville est bel et bien redevenue allemande.

En 1872, les habitants auront à choisir leur nationalité : rester français, mais quitter l’Alsace, ou devenir allemands, et se plier aux contraintes d’une langue de nouveau germanisée, et d’une administration allemande très différente. Pour Gustave et Catherine, le choix sera difficile, mais comment quitter l’endroit où l’on a passé sa vie, comment reconstruire une vie entière alors que l’on vient de passer la soixantaine ? Le couple reste à Thann, mais deux de leurs fils, eux, partiront s’installer à Besançon. Cela sera sans doute très difficile à vivre pour nos quasi-retraités, car ils ne verront plus très souvent leurs enfants, ni aussi leurs petits enfants, nés à la même époque.
Les "frères" Ihler : Adolphe, Jules, Léon
Fin 1887, le couple fête ses noces d’or, en présence de toute leur petite famille. Ce sera la dernière grande réunion familiale, car Gustave meurt quelques mois après, en mars 1888.
Son dernier domicile nous est connu : il s’agit du 11, Grande Rue. L’enterrement a lieu le 22 mars 1888, après que tous les devoirs chrétiens lui aient été donnés. Catherine lui survivra treize années, le temps de voir le XXème siècle naître : elle décède le 15 janvier 1901, à l’âge de 85 ans.


Gustave “Adolphe” Ihler
& Mélanie Amberger

C’est en 1840 qu’Adolphe Ihler voit le jour. Comme ses aïeux, il bénéficie de tous les avantages de la fortune de ses parents, mais aussi ne l’oublions pas, du statut de sa famille au sein de la ville de Thann (plus de 5000 habitants). Le simple fait que son grand-père maternel soit maire lui assure un avenir sans failles. Adolphe épouse donc en 1866 la fille d’une des sommités de la ville, Mélanie Amberger, dont le père dirige l’usine de produits chimiques qui fait - en grande partie - vivre la ville.
Ce que ni l’un ni l’autre se savent, probablement, c’est qu’ils sont cousins ! Ce n’est qu’au septième degré, mais ils descendent bien tous deux de la même personne, Barthélémy Nithard, né en 1622 à Eschentzwiller, qui devint prévôt du village de Rixheim.
L’une de ses filles, Marie Barbara, était l’arrière grand mère de Michel Gschwind, qui épousa Catherine Ihler. L’un de ses fils, Joseph, était quant à lui le grand-père de Joseph Antoine Nansé (voir notice sur cette famille), lui même arrière grand père de Charles Amberger, père de Mélanie.

Le premier enfant (pour la descendance des enfants, voir annexe 2) d’Adolphe et Mélanie, René, voit le jour en 1867. En 1868, c’est la naissance de Charles (voir aussi annexe 1). Une fille, Madeleine, naîtra en 1869, mais n’atteindra pas son premier anniversaire. En novembre 1870, naît Julien, quelques mois avant que n’intervienne un changement décisif pour l’histoire de notre famille...
On l’a vu, la vie du couple va être bouleversée par les événements internationaux. La France perd la guerre de 1870, et c’est une Allemagne victorieuse, qui souhaitant se venger des conquêtes napoléoniennes du début du siècle, toujours pas digérées, récupère l’Alsace et la Lorraine. Mais un fait est certain : une grande majorité d’Alsaciens ne désire pas devenir allemande, et les sentiments pro-français sont très forts au sein de la population. Qu’importe. L’Allemagne, dès 1872, impose aux ressortissants alsaciens de choisir leur camp, car elle n’envisage pas de créer des structures spéciales. Bien au contraire, elle organise l’emploi unique de la langue allemande, dans les écoles notamment, en “important” des enseignants allemands, ainsi que dans toutes les administrations. Cela donnera lieu à des scènes aberrantes, car la plupart des jeunes alsaciens ne s’expriment que dans la langue de Molière et comprennent mal ce langage teuton qu’on veut leur imposer de but en blanc.

Adolphe Ihler Mélanie Amberger

Si les “vieux” préfèrent faire contre mauvaise fortune bon coeur, et rester chez eux, les jeunes doivent envisager leur avenir. Pour Adolphe, qui est dit tantôt négociant, tantôt banquier (ne dirait-on pas aujourd’hui qu’il spécule ? Mais est-ce un métier ?), le choix se portera vers la France. Pour ce faire, il est obligé de quitter Thann. Adolphe, comme son jeune frère Jules, (Léon semble être resté à Thann, ainsi que ses deux soeurs, non mariées) choisit de s’expatrier dans un endroit pas trop éloigné de la frontière. Il choisit Besançon, une grande ville peut-être plus adéquate pour mener à bien ses affaires.

Il semble toutefois qu’Adolphe ne réside pas tout le temps dans le Doubs. En effet, en 1872 il y est bien domicilié, car il déclare sa provenance de Thann, et désirer garder sa nationalité française, en son nom, celui de son épouse, et de ses trois enfants. Mais, en 1875, lors de la naissance de son nouveau bébé, une petite fille qui deviendra notre arrière-grand-mère Hélène, sa femme accouche à Thann. Peut-être ses affaires, ses clients d’avant la guerre notamment, l’amènent à se déplacer fréquemment en Alsace. De toutes façons, les années passant, les passages de la frontière se sont faits dans de meilleures conditions, et les Ihler de Besançon peuvent aller plus facilement voir les Ihler de Thann.

En 1880, c’est la venue au monde de Marcel (voir aussi annexe 1), qui naît à Besançon, comme le dernier enfant du couple, Germaine, bien plus tard, en 1891. Lors de sa naissance, Mélanie est âgée de 46 ans ! Très certainement, l’arrivée de Germaine n’était absolument pas prévue, et cela ne put que réjouir le couple, qui n’avait pas de soucis financiers, et avait sûrement à sa disposition du personnel de maison. Mais Adolphe ne profitera pas longtemps des babillages de son dernier enfant. Il s’éteint le 16 novembre 1892, à l’âge relativement jeune, même pour l’époque, de 52 ans. Etait-ce de maladie ? Sa mère aura eu le triste privilège de voir partir successivement son mari, ses fils cadet et aîné, car Jules est décédé lui aussi, seulement âgé de 34 ans...
Mélanie, par contre, survivra 37 ans à Adolphe. Elle ne se remariera pas, et pourra voir grandir ses nombreux enfants et petits-enfants, dont ma grand-mère, qui l’avait bien connue. Elle meurt en 1929, à l’âge vénérable de 94 ans.

Les Ihler aujourd’hui

Si l’on consulte l’annuaire par minitel, on trouve aujourd’hui moins d’une cinquantaine de Ihler répartis sur toute la France, dont une dizaine en Alsace, et un seul à Thann. Restent tous les descendants de Gustave Ihler et Catherine Willig, tous connus à ce jour, en 1999. Sur internet, on trouve trace d’une dizaine de Ihler aux Etats-Unis, qui sont certainement issus d’un migrant, comme il y en eût beaucoup au XIXème siècle. On sait notamment que plusieurs familles de Rouffach, dont les Ihler, migrèrent aux Etats-Unis en 1843, pour la région du Kentucky. Parmi eux figure Jean Frank, une américaine du Missouri, qui m’a contactée via internet, et qui est originaire de cette branche de Rouffach, par un certain Jean-Paul Ihler.
De ce village est aussi originaire M. Paul Ihler, sans doute cousin de Jean Frank. Citons enfin Gérard Ihler, domicilié dans le sud de la France et avec lequel je n’ai pu prouver le cousinage. Son ancêtre Ihler le plus lointain (en passant par Jacques, industriel dans le textile, qui s’associa avec Joseph Prosper Edel, voir plus haut) est François Ihler, époux de Catherine Lachner. Ce François est vigneron à Bitschwiller-lès-Thann, village qui jouxte Thann, où on le trouve pour la première fois en 1783. Il est certainement issu de notre famille, mais cela reste à prouver.
Les recherches restent à faire pour rattacher ces personnes à “nos” Ihler.

Avec les migrations liées à la perte de l’Alsace-Lorraine en 1870, puis la 1ère et la seconde guerre mondiale, qui ont très durement touché cette région, ainsi que bien sûr par le développement des moyens de transports actuels, il n’est pas étonnant que la cinquantaine de Ihler dénombrés soient éparpillés en France.
Deux gros pôles semblent subsister : l’Alsace, mais surtout le sud, dans les départements du Var et des Bouches-du-Rhône.

Bien entendu, il est beaucoup plus difficile de faire des estimations sur les descendants Ihler ne portant pas ce nom. Ceux-ci sont, sans aucun doute, tout autant éparpillés, et le travail pour les retrouver serait gigantesque...



*** Les généraux IHLER *** Les brasseurs *** Le professeur
Charles Amberger
*** D'autres IHLER
(mes ancêtres)
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