Faits divers et anecdotes (1860 - 1869)*

17 août 1861 : Inauguration de l'église de Roderen.

Dimanche 11 courant, la commune de Roderen avait revêtu ses plus beaux habits de fête ; toutes les maisons étaient pavoisées aux couleurs nationales et ornées de guirlandes de verdure et de fleurs. Deux allées bordées de plus de deux mille sapineaux, reliés ensemble par d'autres guirlandes et par des draperies aux chiffres impériaux, avaient transformé le village, d'un bout à l'autre, le long du ruisseau qui le traverse dans toute sa longueur, en une délicieuse promenade.

 Les figures des habitants, hommes et femmes, étaient rayonnantes de bonheur et les nombreux étrangers, accourus de plusieurs lieues à la ronde, témoignaient hautement sur tous les points qu'ils parcouraient, la satisfaction qu'ils éprouvaient à la vue de ces décorations réunies avec tant d'efforts et auxquelles avaient présidé un goût si parfait.

 Quel était donc le motif de ce concours extraordinaire, de cette animation sans exemple dans une commune ordinairement si paisible ? Pourquoi ce luxe de décoration au milieu d'une population simple et laborieuse ? Enfin, que signifiaient ces émotions, ces tressaillements de joie et de bonheur que l'on lisait sur toutes les figures ?

 C'est que la journée du 11 août 1861 fera date dans les annales de la commune comme dans la mémoire de ses habitants ; c'est que ce jour, Roderen célébrait avec sa fête patronale habituelle, le grand événement de la prise de possession de sa nouvelle église. C'est qu'un nombreux et vénérable clergé s'y était donné rendez-vous pour inaugurer avec tout l'éclat, avec toute la pompe du culte, ce temple magnifique que la piété des habitants venait d'élever à la gloire du Très-Haut, au moyen de sacrifices personnels considérables et d'efforts surhumains, aujourd'hui heureusement couronnés d'un plein succès.

 Aussi, n'avons-nous pas d'expressions pour dire le bonheur de ces braves vignerons allant prendre possession de cette église, l'objet de tant de voeux ; rien ne leur a manqué, aucun concours ne leur a fait défaut pour la célébration de ce grand événement, qui a été, non seulement pour eux, mais pour les habitants de tout le canton, une véritable solennité publique, dont le souvenir sera religieusement conservé.

18 octobre 1862 : Découverte d'un trésor à Thann.

Un de ces jours derniers, un ouvrier mineur, le sieur Zimmermann, chargé de trouver sur la propriété de M. Godel-Seitz, au canton de Weyerburn, un emplacement convenable pour l'établissement d'un puits, trouva à quelques centimètres sous terre et au pied d'un rocher, une grande quantité de pièces de monnaie, les unes en cuivre, les autres en argent. Il croyait d'abord avoir trouvé un trésor enfoui lors de la guerre des Suédois, pendant que le duc Charles de Lorraine campait non loin du même emplacement. Mais, examen fait des pièces trouvées, elles ont été reconnues pour des monnaies chinoises, dont un établissement de construction des environs avait acquis une grande quantité il y a 18 mois. On présume que celles découvertes par Zimmermann, d'un poids de plus de 8 kilogrammes ont été soustraites par un ouvrier infidèle, dans l'espoir de pouvoir les placer avantageusement, ce que n'ayant pu faire, il aura enfoui le produit de son vol, afin de n'être point recherché.

31 octobre 1862 : Une tour s'écroule.

Dans la journée de mercredi dernier, la tour ayant fait partie des anciennes fortifications de notre ville, enclavée plus tard dans le jardin presbytéral et comprise dans les propriétés communales récemment expropriées au profit de la Compagnie de l'Est, s'est en partie écroulée par le seul effet de l'enlèvementdu plancher. Heureusement les ouvriers occupés sur ce point étaient assez éloignés pour ne pas être atteints.

10 juillet 1863 : Réaction de la compagnie de chemins de fer après de multiples sabotages.

Lettre de monsieur Franciere :

Dans le courant de la semaine dernière, plusieurs tentatives de déraillement ont eu lieu sur la ligne de Thann à Wesserling, entre Thann et Saint-Amarin. A Bitschwiller, on a dérangé les aiguilles des croisements et changements de voie. A Willer, Moosch et Malmerspach, on a placé sur les rails de grosses pierres et des traverses.

Hier encore, avant le passage d'un train, chargé de rails, que j'accompagnais avec un représentant de l'entreprise et une quinzaine d'ouvriers, les ouvriers occupés à l'entretien de la voie ont trouvé, près du village de Moosch, des tas de pierres accumulées sur les rails et une traverse placée en travers de la voie.

Je me demande pourquoi nous rencontrons une pareille hostilité et dans quel but on nous dresse ces embûches qui exposent notre vie et celle de nombreux ouvriers qui circulent tous les jours sur les trains de matériaux. Cependant, le chemin de fer a semé dans la vallée plus de 2 000 000 F et on y dépense encore en ce moment plus de 50 000 F par mois. Tous les ouvriers sans ouvrage, qui peuvent résister à la fatigue de nos travaux, peuvent y trouver du travail.

D'un autre côté, un pays comme celui-ci, qui ne peut vivre que de son industrie, ne peut que gagner à son développement ; or, ce développement ne peut avoir lieu que par la facilité des transports. Je suis donc persuadée que tous les gens honnêtes reconnaîtront avec moi que le chemin de fer n'a jusqu'alors fait que du bien dans la vallée et qu'il est destiné à en faire dans l'avenir ; que dès lors les embûches qu'on nous dresse doivent les indigner, et nous aimons à croire qu'ils faciliteront la découverte des individus qui, tout en cherchant à occasionner de grands malheurs, donnent une mauvaise réputation au pays.

19 septembre 1863 : Un ouvrier agresse les passants après s'être dévêtu.

Dans la soirée du 15 de ce mois, au moment où une grande partie de la population de notre ville circulait dans les rues, il s'est produit dans la rue Principale un acte de sauvagerie qui a excité le dégoût de tous les honnêtes gens. Quatre ouvriers de fabrique de Vieux-Thann, surexcités par de copieuses libations alcooliques, attaquaient et frappaient tous les passants.

 Un d'eux, le nommé Tugg, qui vient de quitter l'armée, pour être plus libre de ses mouvements, avait même ôté ses habits et provoquait insolemment les passants, lorsque deux agents de police, attirés par le bruit et les réclamations des habitants paisibles, accoururent pour mettre fin au désordre.

 Alors Tugg, devenu plus furieux à leur vue, arracha sa chemise, et son pantalon étant tombé en même temps, se rua tout nu, au grand scandale du public, sur les agents de l'autorité, et, secondé par ses complices, exerça sur eux les violences les plus graves. Enfin la gendarmerie et la police étant parvenues à se rendre maîtres de ces forcenés, ils furent enfermés dans la salle de sûreté, dont bientôt ils brisèrent la porte.

 M. le commissaire de police a dressé procès-verbal de ces faits scandaleux et les coupables viennent d'être transférés dans les prisons de Belfort.

20 août 1864 : Accident pendant un tir de mortier.

Storckensohn. Un accident grave est venu troubler la fête de lundi dernier. Les frères Kopp âgés l'un de 17 et l'autre de 23 ans, étaient occupés avec d'autres jeunes gens à tirer les mortiers (Katzenkoepf). Une bourre allumée était restée, paraît-il, dans l'une des pièces ; on n'eut pas la précaution de boucher la cheminée, le mortier éclata en plusieurs morceaux. Le jeune Kopp eut les deux mains emportées, un éclat lui entra dans les entrailles et il succomba au bout de deux heures d'atroces souffrances ; son frère a eu la jambe droite fracassée, un autre jeune homme eut la figure et les cheveux horriblement brûlés par l'explosion de la poudre en réserve.

 On nous permettra à ce sujet de rappeler la défense insérée dans le recueil des actes de la préfecture du 7 juillet 1853, d'employer de petits canons en fonte pour les salves de fêtes.

 Les communes, dans l'intérêt de la sécurité, ne devraient plus hésiter à se procurer de petits canons en cuivre ou bronze, présentant bien moins de dangers d'explosions. Nous ajouterons que depuis plusieurs années, MM. Bender, fondeurs à Thann, ont livré à diverses communes de petits canons perfectionnés dont on est généralement très satisfaits.

 Une dernière recommandation de l'instruction préfectorale, c'est qu'au lieu de charger des jeunes gens de ce service, on ne devrait le confier qu'à des hommes expérimentés, à des anciens militaires.

27 août 1864 : Projet de transfert de la salle des fêtes à la halle aux blés.

Conseil municipal, point 13 :

Depuis longtemps les habitants se plaignent de l'insuffisance et du défaut d'élévation de la salle de l'hôtel de ville affecté aux bals, aux concerts et autres réunions de ce genre. Tout en gênant, sous plus d'un rapport, les services municipaux, ces réunions occasionnent annuellement des dépenses de réparations, qui ne seraient pas aussi coûteuses dans un local spécial.

 Dans l'origine, ce bâtiment devait recevoir une destination différente, il n'a donc pas été construit assez solidement pour supporter longtemps le poids d'une salle de danse, qu'il est convenable d'établir ailleurs qu'à la mairie.

 L'organisation d'une salle de théâtre présenterait aussi un degré d'utilité incontestable. Nul doute qu'une société d'acteurs amateurs se formerait à Thann à l'instar d'autres villes. Cette organisation, outre qu'elle serait l'occasion d'une distraction recherchée par les classes aisées, contribuerait encore à l'instruction des adultes et de la population en général.

 On désignait comme pouvant être appropriés à cette destination les étages de la halle aux blés : construction solide en raison de sa destination. Ces étages servaient autrefois comme greniers de réserve et sont aujourd'hui inoccupés et inutiles, par suite de l'extension du commerce des grains et des farines. Suivant un projet étudié par un homme de l'art, ce local aurait une surface et une élévation double de celle de la salle actuelle. L'heureuse combinaison des plans permettrait de l'affecter simultanément à une salle de concert, de bal, de théâtre, etc. On serait dispensé d'acheter, comme il en était question autrefois, une maison particulière y attenante.

 La dépense d'exécution n'en paraît pas exagérée. Mais à défaut de ressources disponibles et dans l'obligation où la ville se trouve de construire de nouvelles écoles, l'administration municipale ne pourrait se charger elle-même de ces constructions. L'auteur du projet estime qu'il sera formé une société disposée à avancer les fonds nécessaires, sous la condition d'une subvention de la part de la ville et sous le bénéfice des loyers de la salle pendant un laps de temps à déterminer.

 Cette combinaison serait évidemment avantageuse. Les frais d'entretien de la maison commune seront diminués ; à l'expiration du bail, l'organisation lui restera acquise et sera alors une source de revenus, tandis qu'elle ne tire actuellement aucun profit de cette partie du bâtiment de la halle, sans nuire à ce dernier service. Après délibération, le conseil municipal a nommé, dans son sein, une commission de quatre membres, chargée conjointement avec l'administration d'examiner ce projet et d'en proposer les mesures d'exécution.

29 octobre 1864 : La passerelle du chemin de fer.

L'administration du chemin de fer a fait construire à travers la voie ferrée, dans le faubourg du Rhin, une passerelle destinée à faciliter le passage des piétons à l'entrée principale de notre ville.Cette construction n'est rien moins qu'élégante ; le public s'accorde à reconnaître qu'elle eut été inutile si les manoeuvres de gare sur la route impériale ne nécessitaient la fermeture trop fréquente, sinon trop prolongée, des barrières.Pendant la nuit et en hiver, elle ne sera guère praticable ; l'obscurité empêchera de se diriger avec sécurité dans ses sinuosités ; le verglas dont elle sera couverte fera hésiter les plus intrépides ascensionnistes ; les dames surtout ne pourront s'y aventurer.

31 décembre 1864 : Accident lors de la démolition d'une tour.

Vendredi à 1 1/2 heure après-midi, pendant que les ouvriers étaient occupés à la démolition de la toiture et d'une partie de la tour nord-ouest des anciennes fortifications, un habitant de la rue des Cigognes voulut traverser le passage communiquant au quai. Soit qu'il n'ait pas entendu l'avertissement, soit que le danger ne lui parut imminent, il arriva au pied de la tour au moment où une pièce de bois était lancée : il fut renversé par le choc et reçut de graves contusions. Son état s'est amélioré depuis. Sources : feuille d'annonces de Thann, Cernay et St-Amarin.

15 septembre 1866 : Ouragan sur Thann.

Un ouragan d'une violence extrême s'est abattu samedi dernier, vers midi et demi, sur notre ville et sur les environs, en enlevant des parties de toitures, en abattant des cheminées et en arrachant ou en brisant une masse d'arbres. De ce nombre sont quatre des plus grands tilleuls plantés il y a plus de deux siècles (en 1663) devant l'église du couvent qui existait alors au bas du Bungert, sur le chemin de Vieux-Thann, et dont l'un mesurait 1 mètre 80 centimètres de diamètre à la souche. Nous n'avons pas appris qu'un accident ait eu lieu pendant l'orage.

10 novembre 1866 : Les tilleuls du couvent des Capucins.

Il y a plus de deux siècles, les Capucins dont le couvent se trouvait au bas du Bungert, plantèrent devant leur église, à l'occasion de la visite des deux Mores d'Abyssinie, une rangée d'arbres tilleuls qui naguère faisaient encore les délices des rêveurs et des jeunes gens. Des ouragans ont décimé leur rang successivement en enlevant sept de ces colosses. Il en reste onze qui sont condamnés, dit-on, à disparaître prochainement par la pioche et la hache, pour faire place à une nouvelle génération mieux alignée. Cela me chagrinera et je voudrais sauver au moins ceux de l'extrémité Est de la rangée actuelle. Quoique relégués au dernier rang, ces trois cadets, victimes sans doute du régime de la primogéniture, ont résisté à bien des tempêtes. Débarrassés du voisinage incommode des princes de leur famille, leur branchage prendra un nouvel essor, et indiquera aux nouvelles lignées l'art de laisser passer les orages sans courber la tête. Enfin, si lors du huitième anniversaire séculaire de la fondation de Thann, la vieillesse en avait rongé le coeur, on trouverait là des troncs prêts à l 'incinération traditionnelle en commémoration des trois flammes miraculeuses de notre légende. Les quatorze tilleuls devant le couvent des cordeliers sur le chemin de Vieux-Thann ont été vendus au prix de 952 F, soit 68 F pour chacun. Leur croissance n'a produit que 30 centimes par année. Une statue en cuivre de la Vierge. La chronique de Thann porte que :  Le 15 août 1609, la chapelle de la Mère de Dieu, que noble Dame Madeleine de Ruost, née de Sickingen, a fait construire à côté de la cathédrale de Thann, a été dédiée par le chapitre épiscopal de Bâle. On vient de descendre la statue de Marie placée sur un globe au sommet de la toiture pyramidale de la chapelle. Cette statue est en cuivre et présentait certain mérite d'exécution artistique, mais l'intempérie qu'elle a essuyée pendant deux cent cinquante huit hivers l'a continuellement dégradée. Nous pensons que par respect pour la mémoire de la fondatrice, on restaurera cette image de la Vierge, et si le budget de l'édifice ne permet de faire que les réparations nécessaires à la toiture, le complément utile, presque indispensable de la statue, serait fourni par les offrandes des fidèles.

28 décembre 1867 : L'ancien cimetière de Thann.

Les seize tilleuls abattus en 1861 devant notre hôtel-de-ville viennent d'être remplacés par des marronniers rouges; l'allée en a été prolongée contre la rue Curiale, ces arbres sont actuellement au nombre de trente-deux. Dans quelques années, ils formeront un joli coup d'oeil et seront un embellissement pour ce quartier, sans gêner ni la tenue du marché aux légumes et fruits, ni le placement des échoppes. Des ouvriers sont occupés en outre à abaisser et à niveler la place. Le creusement des trous pour cette plantation a été retardé par des maçonnerie provenant d'anciennes fondations. A l'angle nord de la maison commune, les premiers arbres se trouvent exactement sur la ligne du mur d'enceinte de l'ancien cimetière vers le Zwingel; devant le nouveau bâtiment des salles d'asile, on a rencontré les fondations d'une ancienne chapelle dédiée jadis à Saint-Michel et le caveau du charnier qui se trouvait au-dessous. Des ossements humains en ont été extraits et transportés au cimetière actuel; nous en avons remarqué parmi qui attestent la haute taille et la belle structure de nos ancêtres. A défaut de nouvelles locales, nous enregistrons ces faits qui resteront acquis à l'histoire locale, nos lecteurs consentiront probablement à nous suivre dans l'examen de ce qu'était cette place il y a un siècle. Nos vieillards lui ont conservé la dénomination de " Kirchhof " bien que depuis plusieurs siècles personne n'y était plus inhumé. La chapelle de Saint-Michel était délabrée, il n'y avait plus ni autel, ni porte, ni fenêtres, le mur d'enceinte du cimetière était ébréché et les portes enlevées et il y existait encore quelques monuments funèbres, lorsque le 2 août 1762 l'évêque de Bâle, sur les instances du chapitre de l'église collégiale de Thann, ordonna que la chapelle soit réparée ainsi que les murs d'enceintes du cimetière afin qu'on puisse y inhumer dorénavant les personnes qui choisiraient cet endroit pour leurs sépulture. Le magistrat de la ville, comme l'administrateur de la fabrique fut mis en demeure d'exécuter ces prescriptions. Les poursuites étaient dirigées par le prévôt du chapitre : Gobel, plus tard évêque constitutionnel de Paris, et déjà le chapitre avait obtenu un arrêt dans ce sens du Conseil Souverain. Mais, le 10 juillet 1776, le magistrat assembla le Conseil et les quatre tribus. On se décida à former opposition à cet arrêt. Parmi les motifs invoqués en faveur de la ville, nous trouvons cette affirmation des anciens : que depuis plus de deux cent ans personne n'avait plus été inhumé sur cette place, le conseil en opposa la jouissance non interrompue comme lieu de réunion et de passage pour les habitants, et la décision primitive fut annulée. Peu avant la révolution de 1789, la chapelle fut démolie et depuis, la place a toujours servi à la tenue des marchés hebdomadaires.



1840-1849 - 1850-1859 - 1860-1869 - 1870-1879 - 1880-1889 - 1890-1900


*** le 7 août 1914 (conte) *** la chronique de thann
(site de m. Merklen)
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