3/ Environnement familial

1/ Dans le temps

Pierre François LECLAIRE débute son carnet en 1825, ou peut-être fin1824. A l'époque, il est -semble t-il- déjà caporal dans l'armée, et on sait où puisqu'il nous l'indique : à Dieppe. Il récapitule d'abord la liste des soldats qui se trouvent en garnison avec lui (sous ses ordres ?). Ceux-ci sont à priori originaires de la même région que lui, car on retrouvera plusieurs noms cités par la suite lorsqu'il sera retourné à la vie civile. En 1825, Pierre François est âgé de 22 ans.

Son carnet continue par une longue liste de chansons dont il a retranscrit les paroles. On imagine volontiers ces refrains entonnées à tue-tête par sa compagnie. Reste qu'on ne peut pas savoir si ces chansons sont de simples retranscriptions de celles qu'il connaît, ou si lui-même les a écrites. Dans ce dernier cas, ont-elles été vraiment chantées, ou restent-elles à l'état de projet artistique, si tant est que l'on puisse utiliser ce terme?

Le carnet se continue avec quelques pages (années 1829 et 1833 mentionnées) où il recense des travaux effectués par ses soins pour le compte de tiers. Sans doute Pierre François est-il retourné à la vie civile, et son premier souci a bien sûr été de se nourrir, même si l'on peut penser qu'il est retourné à la vie civile avec un petit pécule fourni par l'armée. Il effectue donc des travaux agricoles, payés à la journée, dont il inscrit le détail.

Pierre François travaille ensuite pour lui, probablement, car la majeure partie des pages restantes est consacrée au détail des sommes qu'il débourse au quotidien, sans plus jamais la moindre mention de gages qu'il aurait perçu. Cette dernière partie débute en 1837, et se termine à la fin de l'année 1845. Il meurt en 1872, âgé de 69 ans, un âge honorable mais pas inhabituel non plus à l'époque, la médecine ayant fait de fulgurants progrès au cours du siècle. A t-il entamé un second carnet par la suite, cela on ne le sait pas, il n'y avait en tout cas pas d'autre agenda de ce type dans le fatras du brocanteur auprès duquel j'ai fait cet achat...

2/ Dans l'espace.

Pierre François Leclaire vit dans le département de l'Aube (10), dans une zone est-nord-est de Troyes, à environ une quinzaine de kilomètres. Le village où il habite après sa vie militaire est probablement Piney, qui semble être un carrefour entre plusieurs grandes routes. L'encyclopédie de Diderot et D'Alembert en donne la définition suivante, 90 ans plus tôt :

"PINEY ou PIGNEY, (Géog. mod.) petite ville de France, dans la Champagne, élection de Troyes, érigée en duché-pairie en 1581. Elle est à 6 lieues au nord-est de Troyes. Long. 21. 48. lat. 48. 22. (D. J.)"

La carte qui figure ci-après fait partie des fameuses cartes dites de Cassini (1714-1784), cartographe et directeur scientifique.
Celle qui nous intéresse a été levée en 1758 par Pasumot et Dalier, corrigée entre 1758 et 1760. Alors en couleurs, elle fut rééditée en 1815 sous le titre "Troyes, Aube, France - Environs" en noir et blanc. Malgré l'ancienneté de la période à laquelle elle fut levée, on peut affirmer que les changements intervenus entre son édition et les années 1840/1850 furent plus que minimes, et que cette carte représente très fidèlement la zone de vie de Pierre François Leclaire et de ses proches. Il faudra attendre la seconde moitié du XIXème siècle, avec notamment l'apparition du chemin de fer, pour que les campagnes française s'enrichissent de nouvelles voies.

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Piney et sa rˇgionTroyes