BOUYON (Alpes-Maritimes)
aux XVIIème & XVIIIème siècles

Bouyon, par Robert de Miro

Recensement de 1673
Recensement de 1674
Recensement de 1715
Les familles (bientôt)

Un petit peu d'histoire…

Bouyon (Alpes-Maritimes) est un petit village perché (637 m.) de l'arrière-pays, à une trentaine de kilomètres de Nice, préservé de l'afflux des touristes, du bétonnage, des panneaux publicitaires et des odeurs de frites mêlées à la crème solaire, qui défigurent chaque jour un peu plus l'une des plus belles régions du monde : la Côte d'Azur. La population du village est stable, entre 300 et 400 habitants de 1700 à nos jours. Loin du bruit, Bouyon a conservé son charme de village méridional typique.

En l'an 1155, il est fait mention de "In Buzido", et vers 1200 du "Castrum de Bosisone". Bouyon fait d'abord partie de la Seigneurie des Laugier en 1351, avant de passer dans le giron des Grimaldi, en partie, de 1364 à 1385. Au final, c'est la maison de Savoie qui l'emporte en 1388. Il faudra attendre 1760, lors de la rectification des frontières, pour que Bouyon revienne à la France.

Dans la période qui nous intéresse, XVIIème et XVIIIème siècle, les archives départementales de Nice nous offrent quelques indications historiques. Ainsi, en 1623 Bouyon est érigée en baronnie pour le compte de Napoléon Drago, seigneur du lieu. En 1657, c'est Jean-Baptiste Ribotti qui en est le seigneur. D'autres suivront.

Mais c'est plus particulièrement la petite histoire qui nous intéresse, celle des individus dans leur quotidien. De quoi est-il fait, ce quotidien ? Du travail, bien sûr, la très grande majorité des habitants est composée de paysans. Le mulet est le moyen de transport le plus répandu dans cette région accidentée. Personnage central du village, le prêtre est omniprésent, car la religion est un élément fondamental dans la vie de chaque individu.
Ainsi, l'évêque de Vence effectue souvent des tournées dans "ses" villages. Il passe notamment à Bouyon en 1604, 1611, 1654, 1664, 1670, 1673, 1677, 1683, sans jamais rien signaler dans son rapport. En 1715 toutefois, Jean-Baptiste Olive, vicaire général de Mgr François de Berton de Crillon, évêque de Vence, remarque lors de sa visite de la paroisse et des chapelles rurales, "un grand tableau peint et doré sur le bois, représentant Notre-Dame, saint Jean-Baptiste et saint Antoine, lequel se couvre par deux portes peintes sur la toile, représentant les mistères de nostre Rédemption. "

En 1714, on sait que Bouyon doit fournir un contingent de 3 jeunes hommes, chiffre modeste, lors des levées des régiments nationaux, Nice par exemple en donne 48.

En 1755, le village est traversé, ainsi que les communes voisines, par "une bande d'hommes armés au service de la gabelle de France, (...) qu'ils ont traversés pour arrêter un contrebandier dans la vallée de Barcelonnette." Ceci, c'est la version française. La version sarde, plus précise, mentionne "l'entrée de 80 hommes armés dans le territoire de Gattières, Bouyon et Dosfraires, à l'effet de poursuivre et d'arrêter Mandrin", et "qu'il y a lieu d'user de tolérance dans des cas semblables".

Bouyon, tout proche de la frontière entre état Sarde et France (Le Broc, en contrebas, est français), est également un lieu de contrebande : le notaire des Ferres, Alzyari, note ainsi que "la contrebande se fait sans risque d'un Etat à l'autre". Il rajoute également (dans quel but ?) un "état du village et terroir de Bouyon" qui nous permet de nous faire une idée du village, nous sommes alors en 1759 (apprécions le mélange entre les prêtres et les animaux) : "8 prêtres, 100 mulets, 30 bouriques, 20 paires de bœufs, 1500 bêtes d'average, des cochons pour la provision".

1760 est une année d'importance, même si pour les habitants cela ne change pas grand chose dans leur façon de vivre : Bouyon est rattaché à la France du fait de la remodelisation des frontières.

Hormis quelques anicroches donc, la vie des villageois est rythmée par les mariages, les décès, les naissances, les conflits de voisinages (ainsi en 1787 on signale un procès entre la commune de Toudon, qui, de temps immémorial, a été en possession de la banalité de ses moulins à huile et à grain, d'une part, et
Jean-Augustin Focachon, de Bouyon, d'autre part, fermier desdits moulins, qui veut en construire pour son propre compte"), procès et autres scandales, dont la plupart n'ont évidemment laissé aucune trace. Je m'attacherai à retrouver des documents intéressant l'histoire de la commune et de ses habitants.

Viendra ensuite la Révolution française, traumatisme pour l'Histoire mais pas autant qu'on le pense dans le quotidien des individus. La levée en masse des soldats par Napoléon, quelques années plus tard, sera, elle, plus difficilement vécue.

Le XIXème siècle, après Napoléon, sera calme, jusqu'à ce qu'en 1887 un tremblement de terre détruise de nombreuses maisons.

Au final, hormis les événements connus de la Grande Histoire, Bouyon restera tranquille, ce qui ne fut pas toujours le cas pour certaines communes voisines côté français.

Ne manquez pas de visiter le site d'une amoureuse de Bouyon, qui a réalisé de très belles peintures du village, ainsi qu'une galerie de photos : http://perso.wanadoo.fr/mo/